mardi 25 décembre 2012

De l'anesthésie de la pensée critique voulue apr les médias




Je prends la liberté de reproduire ici, sans les photos bien sûr car elles participeraient de ce voyeurisme des images mais aussi des  mots que je m'acharne à dénoncer, qui rend encore plus compliquée l'accession à la paix de populations injustement et terriblement frappées de part et d'autre de tant et tant de frontières...

Je prends donc la liberté de reproduire un article publié sur Arrêt sur Image

Toute expression est respectable pourvu qu'elle ne joue pas le jeu de la division et de la haine, surtout en des temps où la collectivité internationale doit marcher unie pour la paix.


Pour revenir aux médias ( mais on pourrait en dire autant de certains blogs):

    Il est vrai qu'ils doivent vendre leur papier quotidien
    s'enraciner dans la vitesse et le productivisme qu'ils dénoncent
    zapper de leur autopromotion aux souffrances du monde
    faire pleurer dans les chaumières sur le dos des bienvenues victimes,
    s'acheter une bonne conscience aux frais des morts
    éclairer ses engagements et oeuvres de charité à la lumière du sang coulé
   

Dans les hebdomadaires, entre deux articles de fond s'intercale une publicité tapageuse et luisante dont la fonction est de mettre au repos la cervelle du lecteur agressée par les douleurs du monde.

Sur les blogs, entre deux articles dénonçant les douleurs du monde s'intercale une autopromotion de l'auteur(e), de ses oeuvres de charité, sa pensée humaniste etc.

Dans les deux cas, ce qui reste n'est pas la réflexion sur les problématiques du monde, mais ce qui est de l'ordre de la libido, du désir de posséder l'objet vanté par la pub.


Cela ressemble à l'organisation même des émissions télévisées: entre deux rounds, la publicité, à chaque fois plus dégoulinante et plus abrutissante.

Cela ne contribue pas à la crédibilité de certains partis politiques dénonciateurs souvent à juste escient des errances de ce monde.

Cela ne contribue pas à la paix entre les peuples.

Il est vrai que ce n'est que le symptôme répercuté à l'échelle de toute la toile d'une société qui ne vit que de spectacle et de propagande, qu'elle soit d'extrême gauche, d'extrême droite ou d'ailleurs et dont un dirigeant de chaîne télévision disait un jour que son métier consistait à vendre du temps de cerveau humain à des annonceurs.



L'indignation justifiée de la planète qui pèse sur les gouvernants et appelle à l'observance stricte des résolutions de l'ONU et à la Paix: OUI.

La récupération des faits et crimes à des fins narcissiques, politiciennes et partisanes  ou commerciales, que ce soit à titre privé ou communautaire: NON!

...


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russalka


chronique
le 10/01/2009 par Alain Korkos

lettre ouverte à Pierre Laurent,

directeur de la rédaction de l'Humanité
Rubrique : En direct | Voyeurisme


Monsieur,

Vous avez, mercredi 7 janvier 2009, publié cette photographie à la une de l'Humanité :


Dans son éditorial publié en page 3 et intitulé Les photos du crime, Patrick Apel-Muller écrit : « Nous ne les avons regardées qu’avec frissons. (…) Nous avons quelques fois détourné le regard de ce visage d’enfant émergeant seul des gravats, d’une main crispée à côté d’une sandale en plastique rose, de ces corps alignés dans des morgues qui débordent. Peut-être, éprouverez-vous aussi cet effroi devant la barbarie. Nous avons décidé de montrer ces images. Elles témoignent mieux que tout du sort de ce confetti où souffrent 1,5 million d’êtres, de l’infinie disproportion des forces, du caractère dérisoire de l’argument de Tel-Aviv, qui prétend mettre en oeuvre une riposte légitime et proportionnée. »

Ce que Patrick Apel-Muller omet de nous dire, c'est la raison qui a présidé au choix de cette photo en première page, plutôt que l'une des huit autres publiées en dernière.

Elle est pourtant simple, la raison. Effroyablement simple : nous avons déjà vu ces huit photos. Celles-là - ou d'autres en tous points semblables - furent un peu partout publiées ces jours derniers. Mettre l'une d'elles en première page n'aurait pas interpellé le lecteur une seule seconde, en raison du principe suivant : « Les photographies produisent un choc dans la mesure où elles montrent du jamais vu. Malheureusement, la barre ne cesse d'être relevée, en partie à cause de la prolifération même de ces images de l'horreur. » (Susan Sontag, Sur la photographie.)

Alors il vous fallait faire fort, il vous fallait choquer pour vendre une idée et, accessoirement, du papier (ou inversement). Il vous fallait entrer dans la logique de Paris-Match, le poids des mots, le choc des photos.

Paris-Match qui publia en 1985 cette photographie de la petite Omayra Sánchez, victime colombienne de l'éruption du Nevado del Ruiz :


Colombie, 1985 - Gaza, 2009. Similitude du sujet, ressemblance graphique, horreur absolue. Sans doute répondrez-vous que ces deux images n'ont rien de commun : celle de Colombie nous parle d'une catastrophe naturelle contre laquelle nul ne pouvait lutter, celle de Gaza nous parle d'une catastrophe qui doit tout à l'être humain. Mais le chaland qui passe à l'ombre du kiosque n'a pas le temps d'opérer cette distinction, aussi juste soit-elle. Il se prend dans la face la photo de Gaza qui lui rappelle immédiatement celle de Colombie, ainsi que l'insupportable reportage télé

Pendant ce temps, vous vous demandez sûrement quelle photographie vous mettrez en une les jours prochains pour sensibiliser ce même chaland aux atrocités qui se déroulent à Gaza. Celle d'un enfant dont la cervelle dégouline sur le trottoir ? Celle d'une femme enceinte déchiquetée ? Pire encore ? Il faudra bien que tapiez un peu plus fort, puisque vous vous êtes enfermé dans cette logique du choc, de la barre qui n'a de cesse d'être relevée.

Sauf que l'utilisation des images est plus complexe qu'il n'y paraît. Susan Sontag - encore elle - disait que « Souffrir est une chose ; vivre avec les photographies de la souffrance en est une autre, et cela ne renforce pas nécessairement la conscience ni la capacité de compassion. Cela peut aussi les corrompre. La première image de cette espèce que l'on voit ouvre la route à d'autres images, et encore à d'autres. Les images paralysent. Les images anesthésient. Un événement connu par des photographies acquiert un surcroît de réalité qu'il n'aurait pas eu sans elles. (…) Mais aussi, après que ces images ont été imposées à notre vue de façon répétée, il perd de sa réalité. »
En publiant cette photo insoutenable, vous êtes entré dans une logique allant à l'inverse de vos espérances : au lieu de faire prendre conscience au chaland de ce qui se joue à Gaza, vous l'avez paralysé dans l'horreur. Et la seule chose qu'il peut faire, le chaland, c'est détourner le regard et peut-être même vomir. Car s'il est vrai que le spectateur des unes accrochées au kiosque n'est rien d'autre qu'un voyeur un tantinet anesthésié, il n'aime pas qu'on le lui rappelle trop brutalement. Parce qu'alors il se sent accusé du crime de passivité face aux images et aux événements, dont il n'est en vérité pas responsable. ( c'est moi qui souligne)


Et la violence de cette photo, et l'injonction qui se dissimule derrière (« Réveillez-vous ! ») font que son coeur se soulève en un spasme incontrôlé. Et le petit déjeuner qu'il déverse brutalement sur le trottoir n'est pas une marque de dégoût envers la violence d'Israël, mais envers la vôtre qui avez voulu tirer un peu trop fort sur la corde de l'émotion qu'il fallait, pensiez-vous, à n'importe quel prix réveiller.

« Oui bon c'est bien beau tout ça, dites-vous. Mais mon boulot, c'est de montrer l'horreur de la guerre. Alors je la montre, un point c'est tout. Et vous qui êtes si malin, vous qui donnez des leçons, dites-moi donc ce qu'il faudrait faire pour éveiller la conscience publique, si l'on s'interdit de montrer la guerre dans toute son atrocité ? » que nous avons tous vu, horrifiés. Confronté au souvenir d'une enfant qu'il a vue mourir et à la photo d'une enfant qui vient de mourir, il tourne la tête, chasse ces deux images également obscènes et passe bien vite son chemin.

A ces deux objections de taille, je répondrai en premier lieu que loin de sensibiliser, l'accumulation d'images horribles a un pouvoir hautement anesthésiant ; par conséquent, pratiquer la surenchère dans ce domaine est parfaitement improductif. Pour vous en convaincre définitivement, peut-être devriez-vous lire ou relire l'ouvrage de Susan Sontag cité plus haut.

Ensuite, je reste persuadé (comme je le disais dans ma précédente chronique) que jamais une photographie n'a mis fin à une guerre ; peut-être certaines images sont-elles capables d'éveiller des consciences, mais sûrement pas si elles paraissent dans un flot qui jour après jour parie sur la surenchère de l'horreur.
Je crois qu'il faut revenir à une photographie humaniste ; celle que pratiquaient Lewis Hine, Walker Evans, Dorothea Lange ou Edward Steichen avec son exposition The Family of Man ; celle que pratiquent aujourd'hui JR et Marco, quand ils photographient des Israéliens et des Palestiniens dont ils collent les gigantesques portraits à Bethléem, des deux côtés du mur (il s'agit du projet Face 2 Face, dont j'ai causé par là).

Je crois enfin, comme l'écrit Patrick Apel-Muller en conclusion de l'éditorial qu'il signe en page 3 de cet Huma du mercredi 7 janvier 2009, que « Les grandes causes humaines exigent de l'humanité… C'est bien elle qu'il faut convoquer face aux crimes et aux images d'apocalypse qui le signent. »

Convoquer l'humanité face aux crimes et aux images d'apocalypse. C'est déjà bien de le dire, il ne reste plus qu'à le faire.

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