mercredi 9 janvier 2013

Albert Bierstadt







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Certains peintres savent saisir pour l'éternité la lumière incandescente qui tombe du ciel.
Ce qui se pose au premier plan de chacune de leurs toiles semble surgi de cette trouée lointaine, accouché par les nuées, réchauffé par le silence qui toujours entoure les grands paysages.
Ici, tout baigne  entre ciel, terres et eaux dans un calme à la fois apaisant et questionnant.

Le peintre américain Albert Bierstadt est venu au monde en tant qu'artiste en même temps que le premier train qui traversa d'Est en Ouest les Etats-Unis .

Sa conscience aiguë, imprégnée des idées du romantisme allemand, que ces territoires vierges et magnifiques seraient rapidement gâchés par le progrès le pousse très tôt à emprunter les voies tracées par les colons vers le lointain Ouest américain, puis à recopier fidèlement, inlassablement, presque religieusement, les grands espaces qu'il explore.

Chacune des oeuvres qui sortira de ces périples deviendra une sorte de manifeste politique, écologique avant l'heure, très engagé dans la défense par l'illustration d'une nature sauvage et complexe que la technique menace de désarticuler. Chacune dit son rêve d'une Amérique demeurant primitive et à l'écart des bruits et fureurs de la volonté humaine.


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Né en 1830 en Allemagne et tôt émigré aux Etats-Unis,  sa formation de peintre le conduira cependant régulièrement dans la vieille Europe et il alternera toute sa vie ces voyages au long cours qui forment la jeunesse... et le regard.


Ce sont les chaînes de montagnes des Rocheuses qui caleront sa peinture  dans le goût des lieux matriciels.  Ce lac à peine effleuré du pinceau que l'on devine reflètant un ciel chargé de menaces, entouré de roches aux arêtes  coupantes sur lesquelles coulent  les derniers rayons du soleil, comme il nous parle les débuts du monde... Les ombres et la lumière s'y opposent avec une sorte de violence nette. Tranchée. Sans appel.

Les formats utilisés par Bierstadt, grandes toiles très larges et hautes, provoquèrent le rejet assez immédiat de la critique alors que le public les adorait. On y voyait de l'orgueil et même une volonté d'écraser les concurrents exposés dans les mêmes salles que lui. Elles se vendirent fort cher, cependant, mais ne lui permirent pas de dépasser un succès d'estime.

 


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L'immensité fuyante dans la perspective reste vivante dans ses moindres détails rigoureux.  Ici, les plis tectoniques gravés dans la pierre des falaises rendent souriante cette nudité première.  Palette douce de verts, d'ocres, de blancs profonds et nuancés...  et rarement un être de chair, hors ces arbres en famille qui dressent leurs âges divers à flanc de montagne.
Cette personnalisation quasi fantastique des objets de la nature, ce souci du détail et en même temps une certaine naïveté ne pouvaient que le conduire à rejoindre le courant des peintres paysagistes de L'Hudson River School. Cette dernière avait pris fait et cause pour les populations Indiennes natives. et leur animisme.

Mais peindre des tribus ne l'amusait guère. Son sujet à lui, c'était Mère Nature et il s'éloignera assez vite de toutes les écoles pour cultiver sa singularité.

Le


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L'eau, qu'elle soit courante, stagnante ou de mer le fascine tout autant que la roche.  Il en cherchera toute sa vie la transparence et la densité idéale. Un peu comme on cherche la pierre philosophale : l'opale du grand fleuve, toute chargée des vies passées ou en germe y donne ici écho à l'émeraude  de l'eau de mer.  Ce que veut montrer Bierstadt, avec des moyens à la fois grandioses et  simples, c'est que la nature nous tient, nous recouvre, nous dévore et nous surplombe. Et que les bâteaux les mieux mâtés du monde finissent toujours brisés sur une grève que vient lécher un ciel de tempête. Que de couleurs somptueuses dans cette toile: émeraude, ambre, améthyste, topaze verte, lapis-lazuli: 



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Des constructions humaines, il garde une amitié pour les temples.  Cet homme que déchire la guerre de Sécession, et qui essaie aussi dans ses toiles de peindre cette déchirure, aimait-il se recueillir en des lieux  sacrés qui ne soient de pierre brute et non travaillée?

On sait peu de choses de lui si ce n'est son engagement sans défaillance pour une Nature rspectée des hommes.  Et l'immensité de son oeuvre que l'on ne redécouvre que depuis une trentaine d'années. Cinq cent toiles répertoriées, probablement plus de quatre mille inachevées.

L'oeuvre ci-dessous me rappelle tant le merveilleux château de Rustéphan en Morbihan que j'ai plaisir à la joindre à ce choix si difficile entre des pièces toutes plus somptueuses les unes que les autres:
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Intégrale de l'oeuvre de Bierstadt en ligne


Et pour accompagner cette page, quoi de mieux que le Largo de la  Symphonie du Nouveau monde  de Dvorak, que le compositeur affirmait avoir été inspirée par des thèmes de musique traditionnelle indienne ? Interprétée par l'orchestre universitaire de Columbia
ici en lien direct
ou

http://www.columbia.edu/cu/cuo/F2002-5.mp3

En vous souhaitant à tous une belle et bonne année 2011... avec un peu d'avance ;o) et toutes mes amitiés!




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