mardi 15 janvier 2013

Aux marches... Hommage à la poétique de l'espace de Gaston Bachelard


Toujours vers la nature ou mes vieux livres aimés je reviens. Comme assoiffée de leur présence.


L’un deux me tient compagnie depuis toujours, la Poétique de l’espace de Gaston Bachelard. Et tout particulièrement le premier chapitre de cet ouvrage d’une immense profondeur et poésie, qui est à lui seul lieu de rencontre avec d’autres poètes et analyse somptueuse de ce que nous pouvons éprouver de retour dans la maison natale, ou simplement revivant dans une chambre qui ressemble aux chambres du passé, nos gestes anciens, intacts et toujours jeunes.

J’ai connu cent maisons dans mes voyages, toutes d’un caractère différent, toutes cependant simplement maisons. Je n’ai jamais vécu dans des immeubles de plusieurs étages et lorsque j’y séjournais deux ou trois jours en transit entre deux avions ou bus, il s’agissait d’hôtels impersonnels où je me sentais mal.

Le livre de Bachelard va au fil des pages tenter de découvrir «  la coquille initiale », le sens de la maison, ce qui se cache de vie intérieure de notre psychisme derrière les souvenirs de recoins, de placards, d’escaliers, greniers ou caves. Mais aussi de quelle manière tout espace sincèrement et réellement habité prend forme pour nous de «  maison ».
Il reprend en cela des thèmes chers à Jung : les différents étages d’une maison nous rappellent à notre verticalité, dans leur polarisation de la cave et du grenier, mais aussi à notre multiplicité : dans une maison sans recoins, sans lieux cachés et obscurs, point de rêverie possible, point d’échappée possible, point de possibilité de redouter la terre ou rejoindre le ciel. Pour Jung, l’homme prudent qui entend du bruit dans sa maison se précipite au grenier, où courent rats et souris, pour ne pas avoir à défier l’ombre de la cave, ses rampants, et invisibles. L’être humain est né pour monter vers la rationalisation et la rêverie des greniers et fuir les peurs ancestrales dont la cave est le réservoir. Et le témoin.

Bachelard étaie sa théorie de multiples exemples pris dans la littérature. Une grande place accordée à Bosco et à la symbolique de la tour qui ne tient sa force que de son ancrage dans les temps anciens, aux escaliers, aux escaliers vivants qui unissent les étages du psychisme mais dont la psychanalyse, selon Bachelard, n' a formulé qu' une symbolique globalisante et fruste.

En hommage à ce livre, un petit poème...


Aux marches vers le bas
je dis ma reconnaissance pour les peurs sans issue
parfum de bois vivant mort légère
audace d’eau qui se contient
dans la chair noircie des pierres
la feuille éteinte de l’espace
que caressait ma main
et l’enfer d’une trappe au goût de refermer


Aux marches vers le haut
je dis ma reconnaissance pour les planches fendues sur le vide
pitié boiteuse de la rampe
odeur de cire et de vertige
les toiles d’araignées
pièges sacrés soutien des poutres
une petite source
un moins que rien froissé
luisant au bord du toit lorsque le soi écoute



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