vendredi 25 janvier 2013

Basil Besler, le palais aux milles parois






Bonne lecture.

Pour écouter sans ouvrir de nouvelle fenêtre:



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Dan–Bah n’en croyait pas ses yeux. Il avait enfin vaincu la Mort, cette hideuse bougresse qui lui avait volé si tôt sa bien-aimée et à laquelle il s’était juré de faire plier genou.

Dan-Bah, car tel était son nom en Mandarin, qui signifie Courage,  Dan-Bah le philosophe
courait pour faire mentir la friande
dont le nez large ouvert humait chaque matin les chemins du vent.

- Où est Dan-Bah ? rugissait-elle de sa voix d’os.
Un petit vent servile rampait jusqu’au refuge du pauvre homme, y dérobait quelques parfums et les rapportait à sa maîtresse. Et la Mort arrivait en grand fracas,
défonçait la fenêtre, tentait de l’attraper…
mais dan-Bah était rapide, plus rapide que la ort


Combien de maisons laissa-t-il derrière lui? Un jour il comprit.

- Les murs de pierre sont un palais factice, même au pauvre hère que je suis.leur solidité apparente est mensonge. La Mort y trouve son garde-manger et le ciment qui unit chaque pièce ne repousse sa venue que d’une petite heure.


Mais foi de Dan -Dah elle ne me mangera pas !


Il se cacha dans une épaisse forêt nichée au creux de montagnes où les vents les plus audacieux ne s’aventuraient plus depuis longtemps déjà. Hélas…
Quelques jours à peine après sa dernière fuite,
toujours conduite
par son chien de vent
elle  le retrouva
abbatit les arbres de son pas lourd
en fit des planches et commença à le cerner

- Je te tiens, tu es fait, mon gars !
- Cause toujours… sourit Dan-Dah en se jetant au ruisseau où l’attendait sa barque.

Chemin voguant, il comprit.

- Le bois n’a repoussé la mort que de quelques jours, pire, ce palais en apparence si souple et accueillant semblae être un allié peu regardant à résister à ses avances.. Il me faut trouver autre chose.

Foi de Dan-Dah, elle ne m’enfermera pas dans le bois d’éternité !

La rivière empruntée l’emporta à contre courant jusque sa source au sommet d’une montagne.


Il s’y tenait
un immense palais de vents
aux  courants si puissants
que les nuages peinaient à les contenir
de leurs muscles gris et blancs
Mais eux
de s’assembler en étages tours corridors portes
murs escaliers en spirales.

- Voilà maison qui me convient ! Murmura Dan-Dah, changeante comme je la rêve, et assez puissante pour repousser les forces du ciel. Enfin je vais dormir.
Et de fait, il dormit tout son soûl durant une bonne semaine tant la fatigue qui le tenait était immense.
Le temps passa, qu’il occupait à méditer ou à cultiver son jardin, ce qui est chose voisine.

Hélas… toujours conduite par son chien de vent,
Elle arriva, écarta un à un les voilages et les murs
et de peu s’en fallut qu’elle ne l’emmaillote.


- Je te tiens ! tu es fait mon gars !
- Cause toujours, sourit Dan-Bah en sautant dans le premier précipice dont l’entrelacs de lianes et de branches accueillit gentiment sa chute.

Descendant comme un singe le long des arbres, il comprit.

- Les palais, qu’ils soient de vent ou de pierre, ne repoussent la Mort que de quelques mois. Pire, leur magnificence est à elle seule un tombeau. La Mort y trouve de quoi attirer d'autres victimes innocentes.
Foi de  Dan-Bah je ne serai son hameçon , et si je dois mourir ce jour, que ce soit moi qui choisisse l'heure et le lieu.


Alors il se laissa  tomber à terre avec l’espoir qu’elle s’ouvre sous son poids et se repliee doucement sur son visage.
Soudain
à quelques centimètres de son nez
une  petite plante surgit.

- Viens ! rentre dans mes murs, je peux te  sauver de la mort .
- Toi ? Mais tu es bien trop petite, tu tiendrais dans ma main !
- Aies confiance, rentre.

Déjà sonnaient dans la campagne alentour le cliquetis des os de sa funeste ennemie.

Dan-Bah,  quoique conscient du ridicule de la situation, prit son élan et sauta sur la plante. Les parois nacrées, odorantes, très douces au toucher se refermèrent sur lui.

La mort au - dehors et vue d'en bas était toute floue, comme nimbée de lait, surtout, elle semblait toute petite.
D’un doigt crochu elle tenta d’ouvrir la maison plante.
Mal lui en prit, elle fut repoussée d’une bonne année par une force inconnue : la paroi blessée non seulement se régénérait plus vite que la faim de nuire de la Mort, mais elle donnait naissance à d’autres parois aussi douces et odorantes qu’elle..

On ne désespère pas ainsi la Mort.
Elle revint à la charge, plusieurs fois,  chaque fois repoussée de deux puis trois puis dix puis cent… années, tandis que Dan-Bah vivait heureux avec une gente veuve qui avait elle aussi trouvé refuge en un recoin de ce lieu étrange.
 

Bientôt de murs il y eut mille
et de tout autant d’années
la mort par l’oignon
est-elle repoussée
dit-on...

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Musique chinoise traditionnelle

A partir d'un dicton chinois
" L'oignon repousse la mort de cent ans"





1 commentaire:

Viviane Lamarlère a dit…


Quel conte magnifique ! Que de belles leçons ! Est-ce de toi ? Oui d'Henri Gougaud ? Ou un conte traditionnel repris par toi ?
Commentaire n°1 posté par Valentine le 06/03/2008 à 11h34
Tout ce qui se trouve sur mon blog est de moi (sourire)
mais il est vrai que souvent je mets en scène des dictons
celui-ci je l'ai trouvé dans un livre de Gougaud
formulé ainsi
" pour les chinois l'oignon repousse la mort de cent ans"
j'ai imaginé le reste.
Réponse de Russalka le 06/03/2008 à 13h59
Je crois bien que c'est le conte que je préfère de tous ceux que j'ai lus, ici ou ailleurs...Et Dieu sait si j'aime les contes!
Je connaissais les bienfaits de l'oignon (baume assainissant des voies digestives, dit-on, entre autres ) ;celui-ci sous ta plume est un baume de l'épiderme, du derme, de l'intra-derme! enfin quoi, il renferme cette vertu que savent mijoter les plus grands (seulement!) de cet art majeur qu'est le conte : rassurer, réconforter, tout en tenant par la bride cette peur terrifiante dans laquelle nous sommes tombés en naissant...
Et merci aussi pour la référence à Gougaud, l'enchanteur comme dit Luc..
et aussi pour le petit concert de musique chinoise ...
Tiens, il me vient une idée:ce serait pas mal une publication de beaux dessins botaniques comme ceux que tu nous montres, accompagnés d'une légende telle que celle-ci! pas mal comme idée non?
Commentaire n°2 posté par mireille le 06/03/2008 à 14h15
Mimi, c'est toitque je remercie, comme Luc car sans vous deux, ce conte serait mort
ce que tu rajoutes de cette plante dont je ne sais me passer ( pas plus que de l'ail) en cuisine
embellit mon petit conte
Je lis souvent l'almanach de Gougaud, parce que j'ai besoin d'une vraie histoire le soir
comme les enfants
et le terme enchanteur est celui qui lui convient
alors mille fois encore
merci.
Réponse de Russalka le 06/03/2008 à 18h59