mardi 15 janvier 2013

Désert



Les déserts sont terre féconde pour peu que l’on accorde un tout autre regard aux chuchotements des cailloux ...

On n’est jamais seul dans le désert. Il suffit d’attendre et de quelque ombre à côté de laquelle on était passé sans la voir surgiront des enfants ou des bêtes sauvages qui se volatiliseront comme elles étaient venues. Mirage ou réalité? On ne peut qu'être confronté à la perte du sens ou sa découverte dans le désert. La moindre pierre renvoie aux évidences accumulées en nos pays d'abondance, aux constructions ambitieuses et éphémères que le temps mangera de son lent appétit.

Le moindre geste pèse et donne le sentiment d'une mort imminente mais curieusement, le corps est tout empli d'exaltation. Au désert on ne peut qu'être porté vers le bleu du ciel par l'or du sable. Vivre y devient réellement un acte de l'esprit, une
pensée en marche et en ouverture.

J’ai traversé le Sahara, deux fois. Avec à chaque fois cette ivresse et cette inquiétude que donnent les grands espaces dont on sait que leur intention cachée est à la fois de vous perdre et vous dénuder.
Le désert... c’est d’abord la légèreté. On n’emporte que peu de choses, au premier chef de l’eau. Surtout, on y découvre que l’on n’est pas le centre du monde.
Un désert, ce sont des pistes qui se rassemblent et se désunissent,
des reliefs qui jouent à se déplacer la nuit avec des bruits de tam- tam et emportent dans leurs multitudes de pieds siliceux un paysage qui le lendemain aura encore radicalement changé, au sens où il aura posé ses racines ailleurs...
Un désert c'est une voix qui vous sussure
que l'on est que trace infime et sans importance
une ébauche de morsure de la vie sur un support de chair
Un désert cela rappelle à chaque seconde
que l’être humain est venu au monde
pour se soumettre à ses lois, non les tordre.
Et puis, il pleut parfois dans le désert.

Providenciel que de traîtrise
En tes non-nuages
Harnachés de jacquettes de vent
Capitaines au long cours dans les cyphoses grises
Les tempestaires sont de retours.

Ils sont sortis de leur repaire
Et gagnent l’onduleux séjour
Faufilent bisectrisses et des processions d' orgues
Ruisselantes d'arômes
Là où pavoise la morgue
De parois ocre rouge.

Le ce qui n'est plus bleu
Qui l'a mis en colère
Pour qu'il verse avec rage sur la dune apeurée
Ces graines regard plomb
Pleurées en d’autres horizons?

L'harmattan aux ailes de vautour
Dépose une oasis sur le sable qui bouge.


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