lundi 21 janvier 2013

Du plaisir de l'ennui


Je vous sens ailleurs. Pas vrai?

Je vous ennuie?

Vous ne savez pas ce que ce mot... oh... laissez moi vous le raconter et ensuite je vous laisse rêver


Cent fois sur le métier il avait remis son ouvrage.

Il pourrait enfin aller se coucher l'Esprit tranquille.

Il avait posé en ce monde tous les ingrédients nécessaires à ce que la
soupe originelle ne tournât pas en bouillon de onze heures.
Oh, ça n'avait pas été simple du tout du tout du tout.

Ses créatures s'agitaient en tous sens sans jamais prendre de repos comme un feu qui n'épuiserait pas son combustible.

D'ailleurs il avait fini par les appeler les Toufoutouflamme.


Souvent il se penchait au plus près de leurs gesticulations et restait à chaque fois plus abasourdi de constater à quel point de si petits mouvements multipliés par des milliards d'inconsciences pouvaient laisser d' empreintes durables sur le sol de la terre Mère.

Je vais les casser

Je vais les casser

Je suis agassez !


fulmina-t-il un matin devant son miroir.

Là dessus la simple vision de sa barbe de trois jours le plongea dans un sentiment encore inconnu,

un sentiment épais et légèrement violacé,

entre la crème et l'ancolie.


Cet émoi tout neuf le troublait. Il se sentait à la fois

Léger-Lourd

Nuit-
et-jour
Moulin-Four

Demi... demi...oui... j'attends...

Bon. Une autre fois. Où en étais-je?

Ah oui. Il se sentait bizarre sauf que cette fois-là ce sentiment était bien plus vaste que toute chose connue.

Lorsque sa Balance-à-Ressentir pencha trop du côté des Pensées-sans-Issue il tendit vers la création ses deux mains afin de déverser sur elle ce trop plein.

Bon débarras!!!!


Les Êtres ralentirent presque aussitôt leur pas, les décors sordides, les saccages et autres servitudes que leur acharnement à bouger avait peints sur la toile originelle se nimbèrent de brume. Les bruits de fond qui empêchaient la Divinité de dormir en furent étouffés, comme avalés par un rêve.


Se sentant plus léger, il reprit ses observations. Quasiment tous étaient plongés dans une sorte de ... comment allait-il appeler cela qui se trouvait à mi-chemin entre le quoi et le pourquoi  ?

En-nuit.


Voilà comme il le nommerait ce sentiment si flou et délicat cependant dont il percevait bien qu'il pouvait - pourvu qu'on s'y abandonne un peu - en surgir de grandes choses.


Il sentait bien. Très lentement, de ce vague à l'âme qui avait saisi les Êtres, naissait tout l'oublié de sa propre conscience, ce qui sans cette agitation serait resté dans les limbes.

le silence

le coton

la grisaille

l'effacement des contours dont on pense parfois

que c'est un raté du dessein

les petits chemins invisibles qu'empruntent nos pensées lorsqu'on les laisse libres de jouer

avec les lianes qui leur sont

tendues

Tant d'autres choses


Mais il se rendit bien vite compte que laisser les Êtres dans cette demi-somnolence finirait par faire pencher leur propre balance à ressentir

du côté des pensées sans issues...de ... oui... j'attends...

Bon. Une autre fois.


Alors

pour eux il créa la pierre qui réveille

la peau nue

la pierre

sculpture silencieuse

qui ouvre les chemins comme on ouvre un poème

au hasard

enfant surgie des bords de la poussière

et de l'effritement


Pour eux il créa la douleur qui relie au réel

et comme il était dans un jour de grande grâce

et

dispensations

il créa aussi le plaisir

qui efface

 la douleur

et pour finir

cette éternelle question

gu'il eut le blus grand bal à ze vorbuler

z'édant enrhubé aux duages de zes benzées

:

la douleur et le plaisir sont-ils

des indices du monde

posés sur fond d' En-duit ?

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