mercredi 9 janvier 2013

Ecoute...


Ecoute
car quelqu’un est venu qui voulait qu’on l’écoute
oublie ce que tu sais écoute à chaque fois
pour la première fois

Sois l’idiot écoutant qui ne sait qu’il écoute
écoute l’ambliglu des mots écoute
tout ce qui est collé tous les dangers qui hurlent
les choses qui ne furent dites et qui sont les mieux sues
la mort qui fut cachée et on ne voyait qu'elle
écoute
du regard de la main de la peau
parfois offre tes mots que l’autre s’y raccroche quand le silence est mur faille ou bateau qui coule

Ecoute
sa parole
son silence
c’est le corps
c’est l’être

....

Tu n'entends donc rien?
pourtant il est si proche


Tu n'entends rien?
alors
regarde
les verbes cachés dans ces mains qui se tordent
ce regard qui cherche une issue sous les meubles
l'obstination à dire ou taire
il y a encore quelque chose à entendre
en cela qui ne sait pas quoi dire
justement

Tu n'entends rien?
C'est l'épreuve la plus inhumaine qu'il te sera donnée de traverser
en écoute
ne rejette pas cet étrange qui te fait face
car la parole peut aussi venir

de là
 ...


Ecoute
les temps s'ouvrent

Limon

Histoires

Surface taches sombres
profondeur des eaux base du cylindre
parois trop lisses au milieu de la tourbe
et dedans
lui comme en un cocon entre l'oeuf et la vie

Laisse le danger s'approcher
les digues s'écrouler
tout ce que la pensée avait construit de barrages au chaos
s'effondrer dans la nuit ou peut être la lumière
tout est si mélangé

Etrange
c'est au moment du surgir
et de la défaite
que tout se reconstruit

Il y aura des moments d'euphorie
de découragement de peur d'angoisse même
tu liras sur la peau la trame rubéfiée des anciens stratagèmes
l'édifice était bien réel
sur ses assises fardées

Ecoute
ce qui le
si
mentait

...

Ecouter
être proche être là jusqu’à ne pas y être
entouré d'ombres absentes présentes
histoires d'encriers et de blouses tachées



Parfois le silence intérieur ne parvient pas à se faire
il n'y a que du bruit du bruit et rien d'autre et comment démêler
ce qui est de souffrance dans cette profession de parole
se taire
ne rien chercher à comprendre
juste
écouter
ce qui sans cet espace ouvert à l’infini resterait infiniment perdu
laisser le chemin se fendre vers la parole rare


Celui qui parle
autorise l’écoutant
à être un écoutant
cet autre que j’écoute il m’en apprend sur moi
et ses mots en désordre
désordonnent mon ordre
apparent

Ecouter
ne rien vouloir pour l’autre
être proche être là jusqu’à ne pas y être

 ...

Il s’abstient jusque dans ses racines

Le seul fait qu’il soit là
silencieux
écoutant
te permet de mûrir d’être ton propre fruit
et de toi et de lui
aucun des deux ne sait les
pour combien de temps
la puissance mise en route
jusqu’à ce que la mer
se calme
 ...


Ainsi est la parole
des mots pour voler
mentir
caresser l'aventure
allumer des brasiers
il y pousse de tout
des ronces déchirées d'oiseaux sur leur envol



Ecoute
ce que portent les mots qu'ils ne savent tenir

 ...

Lui, qui te semble si proche
cet être entortillé aux croix de ses silences
repose toi écoute
un langage de pierre
 ...


Il te faudra renoncer à incendier l’obscur
les brandons allumés
vous seraient un obstacle.

Qui peut dire la nature des ombres dessinées
quand la lueur se sait
lueur?

Sous la torche tendue par tes mains qui prétendent
comment lui qui te parle pourrait-il librement
penser sa pauvreté ?
  ...


Vous aurez peur tous deux
la nuit autour de vous
corps déséquilibré
le gouffre du penser
de l’agir
du vouloir
du comprendre
qui s’ouvre sous vos pas

Peur de cette parole qui vient d’on ne sait quand
et va
on ne sait où

Ecoute.
sans école et sans théorème
écoute

Aime la branche nue
elle te parle en rouge une autre histoire du ciel
et si parfois le ciel est de feuilles ou de pierres
si parfois tu voudrais un instant dans tes mains saisir quelque cristal
et lui donner un nom
aime la branche nue qui ne sait pas son arbre
respire simplement ce qu'elle te déploie

Aime

...

Ecoute
la douleur qui se dit

l'innocence lynchée remonte à la surface
les doigts ne battent plus leurs contretemps d'argile
et la voix
un champ mort
a perdu son bien-dire

C’est le début de tous les débuts
le renoncement au beau
à ce qu'on met en ordre
lèvres  langue bas fouillant tout près du loin inscrit
en cette étrange place où le Sois fut sanglé

Ecoute
c’est lorsque le corps et la voix ne disent pas exactement la même chose
que quelque chose est dit


 ...

Ecoute
quelque chose a tremblé qui le porte au réveil
questions dressées comme des arbres

Laisse lui le temps

Ne force pas ses paupières
ses yeux charrient un fleuve de larmes

Ecoute
sans mettre tes mots sur sa détresse
laisse lui une chance de poser les siens
son ventre chercher la faim
et même si cela prend le temps que cela prend
écoute

C'est vrai que tu ne vois de lui qu'un feuilletage d'ombres et de lueurs
si facile d'ouvrir pour éclairer tout ça
laisse
lui seul sait la lumière des sources
ces cavités profondes où encore aujourd'hui
il suit l'enfant qu'il a été
qui se dérobe à lui

Ce n'est qu'en regardant le dos puis les épaules puis le visage de sa souffrance
qu'il pourra la quitter
 ...

Ecoute
sans forcer ton entendre
celui qui se trouve dans l'eau de ton regard ne doit être pris en otage
ou enfermé dehors
ces choses qu'il ne connait que trop
c'est cela son épreuve quand tu veux à tout prix
l'entendre

Classer ne pas classer
éloigne ce vouloir
éloigne ce pouvoir

Ecoute
il te parle
pas les mêmes mots que toi
juste pas les mêmes maux


ne l'emprisonne pas d'un trait si épais que ses nuances s'y perdent
laisse le aller
fluide
comme le vent d'un épi de blé à l'autre va
et si ses nuits sont borgnes et ses jours éblouis
et si le lendemain il est tout le contraire
sans forcer ton entendre

Ecoute

...


Tu sais
celui qui n'eut jamais de place autre que celle qui lui fut imposée
transparent banal ce rien qu'il fut
il flotte dans un monde intermédiaire
le surgissement parfois blesse ses lèvres mais il a besoin de flotter
avant d'aller à sa propre rencontre
sans en être empêché par tes propres regrets tes manques tout ce que la vie a irrité dans ta chair
tout ce qui te fait expliquer l'amour plutôt que de l'offrir
laisse le temps s'emboucler
réunir ce qu'il fut ce qu'il est et sera

A chaque fois
que tu es tentée de cueillir un coquelicot
rappelle toi ta main arrêtée par le souvenir de son flétrissement


Vous êtes en miroir
aime ces eaux bruissant leurs chansons d'oiseau mouche

...


Sois conscient des écueils qui te guettent
écoutant
ce que tu donnes est hors de prix
et celui qui se parle écoute ton écoute
cadeau d’une foi sans limites en ce lieu où tout peut être dit
aimer est là
tout près
aimer l’autre libre
ce voyage sans ivresse qui demande toute une vie de guerre contre soi
aimer l’autre pour les chaînes qu’il exhibe
que ses  mains en abaque tentent de faire glisser le long de son histoire

L’écoute
grand danger pour l’écoutant
il y trouve jouissance
il y trouve puissance
mais aussi grand danger pour celui qui surgit à travers sa parole
chacun s'y sent debout dans la ville sans rues d'une langue toute neuve
la liberté de l’autre contemplée mise à part
comme pour mieux l’asservir
la drogue de l’écoute
on ne sent jamais l'incise de ses incursions malignes aux ankyloses de la conscience

Pourtant il est une alchimie qui se fait doucement
les fleurs délivrent toujours la pluie qui les inonde
ce don en guenille
il a trouvé refuge le temps de venir au monde dans la quiète réserve du regard de la main de l’écoute
le garder près de soi serait prononcer " Je " de trop

L’écoute
laisser glisser ne pas retenir
savoir où on existe

 ...

Il pourra se trouver que tu haïsses celui que tu écoutes
cette haine
encore de l'amour
un port à son visage incliné vers le temps

Tu n'as fait qu'obéir au désir d'être haï de celui qui est là
multiples crevasses syllabes grignotées
échoué au fond du puis qui ne cesse jamais
ça se voit ça s'entend le désert de ses pas
l'origine masquée des tempêtes

Si difficile la distance à poser entre soi et l'autre
on offre une colombe elle revient
ventre chaud
encombrée de menaces

Si difficile de se dévêtir du redoutable devoir d'aimer
mais non moins redoutable
d'ignorer que l'amour ou la haine l'attirance le désir le sommeil parfois
seront sur le chemin de celui qui écoute
remuant les certitudes

Aimer quand on écoute cela ne se dit pas
ni même se perçoit
cela est
chargé de turbulences
de couleurs ou d'usure
de courbes affamées et d'hivers nus de verbes
aimer
écouter
vivre

...



La prière de la peur
comme elle peut être rassurante
quand le corps et l’esprit se noient à chaque brasse vers l’issue où s’écrivent
les mots «  changer pour vivre »

Tu sais l’envie de s’échapper
de ne pas être là à contempler les chaînes aimées glissant des mains
si lourdes

Tu sais les stratagèmes vers lesquels l’être tout entier se replie
quand il lui pèse de se détacher de ce que précisément il cherche à fuir
la mort choisie comme on se sèche au vent de mai
la folie qui descend verte et pure et cassante
depuis l’idée jusques aux gestes
pire
cette forme extrême de folie qu’est en ces circonstances le raisonnement
sirop de fruit vide pour qui veut se confire dans le malheur


Alors
puisque tu sais
 

Ecoute

Ecoute cet en face de toi
déchiré de chants contradictoires
il voudrait s’en sortir sans s’en sortir vraiment
il a peur lui aussi

Ne te rends pas complice de ses excuses ses prétextes ses dérobades ses voix anciennes sa fatigue ses raisons bonnes ou mauvaises ses tentatives de séductions tous les pièges qu'il vous tend à tous deux
et s'il se prend à te haïr
sache que c’est parce qu’il entrevoit enfin une porte qui s’ouvre
dont tu lui tiens le panneau sans complaisance
ouvert

Ne te rend pas complice
écoute
sois odieux par amour




...

Tu sais
souvent tu seras surprise et même bousculée
tu auras envie de hurler " Silence! "

Silence...


Dans le geste tu auras cru lire l’assassin
au sourire le pervers
à la sueur le lâche

Garde-toi de cela qui est toujours orgueil
garde-toi
tu aimes analyser
tu es si réceptive à toutes les formes de langage
garde-toi de juger

Ecoute

...


Ce qui te choque dans ce qui commence à se dire
quelle qu'en soit la mise en scène
- parce que l’acteur a peur aussi de ce qu’il joue -
ce qui te choque
c’est simplement le retour à ces temps où l’enfant rejette ce qui peut faire barrière à sa formidable envie de vivre

Ne renie pas tes propres monstruosités

La souffrance qui cherche à se dire et à s’abandonner

entre tes mains
dans ton regard
naît de conflits anciens entre la faim de vivre
tuer ou
connaître
et les lois refusées parce que
peut-être
incohérentes ou misérables

Tout vient souvent de contradictions
l' humain a besoin de rigueur
mais d'une rigueur qui aime
de modèles qui ne donnent de remords ou - pire - des regrets
sa souffrance d’adulte souvent
s’ancre là.

Ne juge pas
tu pourrais être surprise

de l’extrême bonté de la détresse

de la violence du convenable.
 ...

Ecoute
sans faire l’offense à celui qui te parle de choisir dans tout ce qu'il te dit
sans coudre à ta façon ses bouts épars de vie
tu l’habillerais ainsi des miroirs d’Arlequin
et s’il était Pierrot ? Ou Colombine ? Ou Lui?

...

L’histoire
dans l’écoute
se construit rarement en suivant la flèche du temps
elle va vers l’avant
s’en retourne où elle peut
se montre sous un faux jour
plonge ou s’élève
se donne ou bien s’arrache

La souffrance

Pas de mots pour la dire et sans doute pourrait-il y consacrer sa vie qu’il resterait toujours un angle mort inatteignable

Nous portons tous en nous
une geste inquiète
dont la lumière nous vient de cohortes nocturnes

Accepte que son vécu remonte dans son plus beau désordre
avec ses failles et ses montagnes
son passé infini son futur en chaos dont il pressent déjà les fabuleux contours
ne hâte pas la construction de son poème
derrière ce qui surgit que tu voudrais en ordre se trouve l'idée muette
qui lentement
mûrit

 ...

Comme elle semble parfaite
comme il paraît heureux

Mais alors
pourquoi sont-ils venus ?
Parce que c’est à la mode
pour savoir ce que c’est
pour sentir sous leur dos les ressorts du divan ?

Ils sont gachés de l’intérieur quelque chose le leur dit
mais tout tient encore
debout
par on ne sait quel miracle et toi
tu te demandes si cela vaut la peine d’être là
écoutant ce qui va s’écrouler


Eux
ils sont morts du dedans
comme ces enfants qui demandent chaque soir le même conte avec les mêmes mots qui ne les aident pas à grandir
Ils sont là sous leur couverture à se faire tout petits
à rentrer dans les moules qu’on a prévu pour eux

Ils ont peur
des grands endroits qui respirent et de l’aigle touchant l’air des montagnes des ses yeux
ils ont peur de ce qui dans leur conte ressassé
pourrait leur donner la clef


Ecoute
ce qui dans leur histoire a dérapé l’histoire

Ecoute cette mère ou ce père en eux
à retrouver
pour que la porte s’ouvre


...

Ecoute
sa chair en source inquiète
remous roulant à même le visage
comme elle parle de ceux qui auraient dû veiller
tranquilles aimer sans dérober


Ecoute
son papillon cloué dans les désirs des autres
ce qu’il devait combler
remplacer ou venger
et lui
cardé de compassion et de haine
pour ce monde des grands qui a d’emblée failli

Volé
le sens caché au cœur de l’arbre
les racines blanchies qu’il voulait dénuder
dans la solitude de l’instant venu
toucher de ses lèvres encore tendres
les veines confuses des voix qui en montaient


Montré
ce qu’il fallait garder dans l’ombre des sangs graves
ce revers des moissons
dont il fut l’oiseau noir
interdit de glaner la joie de ruines blondes

Tués
les jeux d’apprendre ou d’inventer
un long festin de sable à chaque nuit tombée
qui pose sous les yeux son eau mal en délice


Fixé
dans l’orbe déserte et froide de l’impérieux amour
ce qui n’était que pour traverser

Il n’a plus de mots assez durs pour dire ce qu’on lui a pris
la haine est là
à fleur de verbe
qui fore la lumière autour de vous
et soudain le silence
il s’est tu il se tasse il s’enfonce

Il régresse ?
Non…
Les lieux qui le hantaient sont enfin revenus
avec leurs socs qui le déchirent jusque ses terres noires
et lui dans cette vieille ampoule
dont il a enfin cerné les parois qui le raptent
immobile
centré

il avance

Ecoute

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