mercredi 16 janvier 2013

Entre la pierre et l'eau, l'Espagne du Nord, San Pedro de Arlanza









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La Terre. Aride et blonde. Le feu des fleurs  dans l'air glacé. Ne manque qu'une eau généreuse et nous serions comblés.
Cette eau venue de la montagne enserre de ses cingles profonds comme des douves un lieu étrange et qui, quoiqu'il ne soit moulin,  donne du grain à moudre à bien des historiens.





Ruines piteuses et dévastées,
quelques pierres en retard de ce qui ronge
et partout, des ouvertures, des creux, des  niches dorées ou noires.

Ce qui nous fut vanté avec émotion par notre guide dans l'Ermitage de Santa Maria de Lana nous laisse décontenancés... en première approche.
Construit sur les ruines d'un monastère Wisigoth édifié lui-même sous le règne du roi Wamba,  le lieu n'a cessé de se modifier au cours des âges, pour atteindre son apogée architecturale au XIIème siècle.

On y trouvera ainsi des témoignages de l'architecture pré-romane, romane, gothique, gothique tardif et Renaissance, comme vous pouvez le voir ci-dessous dans ce qui reste intact de l'entrée du cloître:








Quoique abîmé par les incursions de l'histoire, le batiment se reconstruisit rapidement jusqu'à adopter le style roman qui avait traversé les Pyrénées en 1080, en pleine expansion de la liturgie romaine. Les moines abandonnèrent alors la liturgie espagnole pour celle de l'ordre de Saint Benoit.


Les généreuses dotations des comtes de Castille permirent la survivance assez tardive de cette congrégation qui au X ème siècle comptait déjà une bonne centaine de moines.

Nul doute que la réputation d'abriter les reliques de quelques nobles locaux, réputation dont les historiens s'accordent à dire aujourd'hui qu'elle est totalement infondée, permit aux pères Abbés successifs de lever les fonds nécessaires à l'entretien d'un tel espace.
L'argent est le nerf de la guerre et... des religions.









Baies libres ou aveugles, en ogive ou plein cintre,
nocturnes ou lumineuses
elles donnent toute sa légèreté à cette m
asse imposante, aux lignes épurées,
reposant dans un écrin de verdure et de collines









Deux prises depuis le petit chemin qui surplombe les ruines toujours en travaux de sauvegarde. La première sort du regard de Michel.
Nous découvrons ici ce qui reste de l'église ainsi que la tour massive qui abritait le scriptorium:







La seconde de mon petit appareil photo. Mélanger les deux donnerait sans doute idée de la mélodie réelle de cette superbe  pierre.
La blancheur et le vert sont deux notes qui s'aiment.







Un superbe arc en plein cintre  et sa belle archivolte tressée.

Qui rentrait là s'engageait au voyage.
Empruntait les chemins de la contradiction.

Ceux, ouverts à l'infini du temps , de la spirale.
Ceux, repliés dans l'espace, de l'humaine tresse.

Ainsi se forgeait le moine
dans le labyrinthe  silencieux de sa prison choisie.





 



Merveilleuse lumière surgie de l'intérieur.
Et la fleur nous rappelle, poussant au creux de la pierre,
que ce sont ses racines et elles seules qui vont décomposer la roche
en faire naître  l'humus
et les faits effacer.






Dehors il nous attend. Bête calcinée ? Arbre chenu ?
L'olivier multicentenaire dresse ses bois et sa gueule de vieux cerf vers le ciel.





Cet oeil qui voit de loin
est-ce une larme sèche
ou un pli de vieillesse qui coule vers la terre?




La Nature n'a de cesse d' avaler les constructions humaines


Ici, le plan de cet édifice


Sonnerie du glas
à l'Abbaye Bénéditine de Solesme
derrière le bronze
l'oiseau






2 commentaires:

Viviane Lamarlère a dit…


Quel beau voyage ! Quelle lumière et quel silence, quelle solitude inspirante ! Et puis cet arbre, si en osmose avec ces ruines... Wamba, quel drôle de nom pour un espagnol. Tu me fais vraiment rêver, découvrir des merveilles ! Y a-t-il réellement un labyrinthe, dans cet édifice ? Oui, le labyrinthe est vraiment l'image de la quête spirituelle, d'ailleurs Pierre Lassalle y est venu, maintenant, dans sa nouvelle approche de la "voie spirituelle occidentale moderne" (voir sortie à Chartres).
Commentaire n°4 posté par Martine le 18/09/2009 à 16h12
Wamba est un nom Wisigoth. Les espagnols ont cette origine + celtique. Le labyrinthe, tu l'as compris c'est le cheminement intérieur, dont tu parlerais mieux que moi.
Quoique le plan montre des espaces qui s'emboitent et dont la possibilité d'accès semble inépuisable.
Merci Martine d'avoir aimé notre olivier ;o)
Réponse de Russalka le 21/09/2009 à 08h50

Viviane Lamarlère a dit…


Superbe escapade en ce lieu magnifiquement immortalisé et si richement commenté !
Un bel échantillon de pierres en harmonie avec la nature que tu nous offres ici même !
Merci de ce voyage en terre ibérique...dépaysement assuré !
Amicalement...
Commentaire n°6 posté par corinne le 19/09/2009 à 00h32
Merci Corinne, c'est une région d'espagne peu fréquentée, le touriste préfère les plages où il se laisse cuire aux monts escarpés regorgeant de richeses culturelles et de sauvagerie naturelle...
Réponse de Russalka le 21/09/2009 à 08h46
Et ce tintement de cloches rend âme à ce lieu ...en cet instant de lecture découverte !
Commentaire n°7 posté par Corinne le 19/09/2009 à 08h42
C'est super gentil d'avoir écouté ces cloches, j'en adore le son avec l'oiseau par derrière...
Merci Corinne
Réponse de Russalka le 21/09/2009 à 08h44
Je ne suis pas voyageur, et cet article me donne des regrets qui pourraient bien m'obliger à bouger mes pieds vers ces lieux enchanteurs.
Commentaire n°8 posté par le bateleur le 19/09/2009 à 11h46
Il ne faut avoir de regrets, je crois... Merci Luc
Réponse de Russalka le 21/09/2009 à 08h40