samedi 19 janvier 2013

Entre la pierre et l'eau, l'Espagne du nord, Leon








paysages_0643.jpg





Il en est des villes comme des hommes qui les ont bâties.  Pétries dans la glaise, le sable ou la pierre, elles bourdonnent ou se taisent, mais toutes s'éloignent de cette forme circulaire qui est celle des tentes et des yourtes, forme si proche de l'humain, ses transhumances, son amitié perdue pour les cycles toujours renouvelés.


Pour rejoindre cet autre Finistère qu'est la Galice, après quelques haltes entre les pierres Wisigothes et l'art Roman ou pré-gothique,  nous décidons de faire des ronds, non pas dans l'eau mais dans la vieille Espagne romaine et ses villes posées là, dont les dieux de la pluie semblent s'être à jamais absentés.


La province de Leon et la ville du même nom furent fondées par la légion romaine en l'an 68 de notre ère.  Elles connurent toutes deux bien des vicissitudes: prises par les Wisigoths, puis par les armées musulmanes, ce n'est qu'au Xème siècle qu'elles retrouvèrent toutes deux un peu de prospérité et de paix. La ville reste aujourd'hui une halte sur le camino frances, le chemin français vers le sanctuaire de Saint Jacques de Compostelle.

Nous ne connaissons pas cette région aride, sèche, aux chaleurs torrides et hivers rigoureux. Le mois de mai qui nous accueille n'y semble guère fleuri et les murs des maisons aux nuances chaleureuses ne se parent de l'ombre des  arbres qu'en de très rares endroits.




Leon-1.jpg

Ce qui étonne ici est le silence.  Carré.  Taillé au cordeau.
Pélerin  lent sous les façades ferventes aux portes et fenêtres closes, chacun va.  En silence. Pourtant rien de désséché dans ces ruelles. Juste la discrétion des pierres qui connaissent leur histoire :



Leon-2.jpg

La basilique San Isidore située au coeur de la ville  romane  n'est pas d'une facture assez homogène ou au contraire fantasque pour attirer notre attention. Mais elle s'ouvre d'une porte de bois sculpté, la porte de l'Agneau, assez massive et ouvragée pour nous donner envie d'en apprendre davantage. Chacun des panneaux illustre la vie des saints.



leon 3

Son tympan magnifique qui relate l'épisode du sacrifice d'Isaac est surmonté comme il était fréquent à l'époque d'une représentation des signes du Zodiaque:


zodiaque-Leon.jpg

zodiaque2leon.jpg

Le clou de la visite est ce que l'on nomme souvent et à juste titre " la Chapelle Sixtine de l'art Roman ", le Panthéon Royal, situé sous le narthex de la basilique San Isidore.

C'est une des premières manifestations de l'art roman en Espagne. Les  chapitaux portent encore l'empreinte de l'influence Wizigothique. Quant aux fresques du XIIème siècle, elles ruissellent de lumière et de couleurs et sont un bel exemple  de la liturgie wizigothe appelée aussi mozarabe.

La grande unité de style et de palette coloriste permet - nous dit notre guide - de conclure que la totalité des fresques fut exécutée sous la direction ou par les soins d'un seul et unique maître. Sans que jamais il y ait surcharge, elles témoignent d'un grand sens décoratif et d'une appropriation très personnelle des styles grecs, byzantins, espagnols, français.  Elles recouvrent le moindre espace de ces voûtes et murs tout dédiés à narrer en images des scènes de la Bible ainsi que de la vie rurale qui y était très étroitement mêlée.


pantheon-royal-Leon.jpg


pantheon-royal-3-leon.jpg

Leon-6.JPG

En écho aux signes du Zodiaque sculptés à l'extérieur de l'édifice, des fresques illustrent les saisons de l'année, ses travaux familiers, les états d'âme humain au fil des jours.
Ici les trois derniers mois de ce calendrier:  Octobre ou la saison des vendanges, Novembre ou la saison de l'abattage du porc et des salaisons, Décembre et ses feux auprès desquels on se repose. J'ai été très étonnée de  l'orthographe des mois, anglicisée me semble-t-il... Aucune explication trouvée à ce jour.

octobre-novembre-decembre.jpg
Dans le musée de la basilique, un beau reliquaire d'ivoire sculpté. Il était à l'origine recouvert d'une feuille d'or, disparue depuis. 


Leon-8.JPG

La porte sur laquelle se détache la silhouette du saint évoqué ne manque pas de nous renvoyer aux ouvertures qui déversent la lumière extérieure et allument la pierre de toutes sortes de feux:


paysages-0858.jpg

Et comme souvent lorsque nous avons bu les richesses dessinées de main humaine, il nous tarde de retrouver l'air pur et ses joyaux.
Une simple fleur se détachant sur un vieux mur caressé par la brise et qui résiste à se faire saisir par l'appareil photo nous semble alors un trésor inestimable:


DSCN1379.jpg


Leon-9.JPG
Bientôt, sous le soleil de Mai nous rejoindrons la rivière Sil, ses canyons et ses lacs de fraîcheur verte ou bleue. Entre la pierre et l'eau, c'est cette dernière qui a nos faveurs... pour une fois!
 
                                  

 

1 commentaire:

Viviane Lamarlère a dit…



Oui
les trésors que l'homme à taillé dans la pierre à la sueur de son front et de son imagination
redonnent
après nous avoir ébloui
le goût de ces lignes qui ne forcent rien
que prend naturellement toute production
du vivant.
Merci pour cette page du sud alors que ma Lorraine nourrit ses moissons à venir de trombes d'eau
Commentaire n°2 posté par Lélio le 12/06/2010 à 13h01

Quand nous visitons des heures durant de vieilles pierres
nous finissons par nous sentir écrasés sous ces volumes immobiles
et dans lesquels souvent le silence est de rigueur car il permet de mieux entendre avec le regard
et ces microrésistances dde la plante si fragile et pourtant
si puissamment ancrée dans la pierre
nous sont comme une source...
Merci lélio
Réponse de Russalka le 14/06/2010 à 09h03

grâce à toi, nous avons fait un beau voyage, toujours richement documenté et superbement illustré, merci Viviane, Emma
Commentaire n°3 posté par emma le 12/06/2010 à 13h13

Merci à toi Emma, j'essaie de faire en sorte que ces pages soient belles, neuves, construites, intéressantes, surprenantes, c'est du travail et la récompense est le plaisir du lecteur, merci du tien.
Réponse de Russalka le 14/06/2010 à 09h04