mardi 22 janvier 2013

Entre la pierre et l'orchidée, l'Espagne du Nord * 5 * Santa Maria de Uncastillo




fica loana




Le soleil qui nous accompagne dans notre promenade ce jour-là nous conduit sous le porche de Santa Maria de Uncastillo.

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La petite ville elle-même (elle compte aujourd'hui à peine mille habitants) faisait partie de ces villes frontières qui sous la Conquista défendaient le monde chrétien du monde musulman. Elle fut donnée à Gaston IV de Béarn par Alphonse le batailleur en témoignage de sa gratitude pour l'avoir aidé à libérer Saragosse.
Six églises, pas moins, dans ce village et toutes érigées comme un défi de rebâtisseurs entre les XIIèmes et XIII èmes siècles.

Santa Maria  fut construite au XII ème siècle sur les vestiges d'une église du X ème. Elle abrite l'un des plus beaux portails romans de toute l'Espagne, sans doute l'oeuvre de maîtres tailleurs français et béarnais dont celui que l'on nommait " le maître d'Oloron  ".

Ce sont les modillons qui nous frappent d'emblée par leur nombre et leur qualité. Le sculpteur de modillons était de tous les corps de métiers du batiment religieux celui qui échappait au contrôle du maître d'ouvrage. Ce dernier lui laissait liberté d'exprimer par petites touches les préoccupations culturelles ou sociétales de son temps. On retrouve donc fréquemment dans ces pierres sculptées des scènes de la vie courante, des musiciens ou des scènes amoureuses.

Ci-dessous un joueur de vièle à bras, extrêmement précis comme on a pu en sculpter dès le Xème siècle en Saintonge, Quercy et Béarn.
 


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Ici un couple de danseurs masculins se tournant le dos, comme pris au vol par le ciseau habile dans une chorégraphie traditionnelle. Le déhanché du premier danseur est magnifique, que de vie dans cette gestuelle! La danse était symbole de luxure au Moyen-Âge, et il semblerait que cette sculpture évoque en outre l'homosexualité :

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Un joueur de psalterion ( ou de rote)  concentré sur son jeu:


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Un fou qui essaie de faire rire de ses grimaces. La précision de la denture si réaliste me laisse pantoise...


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Un couple amoureux:

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Une fessée tendre ( enfin on l'espère... ) donnée à la belle.



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Les chapiteaux ne sont pas en reste de beauté.
Ici un vigneron expose sa récolte. Quel équilibre dans cette virevolte de grappes:



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Ici, un chevalier épée en main combat le Maure envahisseur. Finesse des détails et décoration soignée du tailloir évoquant des colliers de coquillages:


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Les archivoltes sont décorées avec magnificence entre des voussures illustrées. La deuxième voussure en particulier nous montre des personnages assis et appuyés sur cette sorte de table que constitue le boudin de pierre:
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Leurs pieds aux langages aussi différents qu'il y a de personnages apparaissent sous la table:


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La troisième voussure nous montre  des personnages de la vie courante tels ce berger en train de tondre une bête:


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Ou ce pêcheur fatigué, portant au dos une belle prise pendant que son chien dressé et aux aguets semble garder de tout vol cette pêche, à moins que l'animal que tient fort serré le pêcheur ne soit un de ces monstres à tête poilue et corps de poisson dont raffolaient ces temps là? Et puis à bien y regarder, ce pècheur est doté de pieds fourchus comme... le diable!! C'est que tout pecheur se devait de porter quelques temps en pénitence le fadeau de son péché, symbolisé par un énorme et lourd poisson. Et il lui restait toujours dans le corps quelue trace de sa faute et sa ressemblance avec le diable...


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Mais le plus beau et qui nous confirme ( tant le style en est différent) que cette église eut plusieurs talents à son chevet est ( pour nous ) ce qui se cache dans les creux.

Une vierge rêveuse:



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Un homme vouté qui semble tenir un bâton, peut-être un voleur qui s'esquive?  La manière de tailler la pierre est à la fois plus simple, plus primitive, plus symbolique. Comme si l'artiste voulait aller à l'essentiel qui est ici tout dans l'attitude:


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Une belle sirène au grand regard inquiet. Le dessin est fait de lignes parallèles ou de tracés répétitifs à la grande puissance suggestive.



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Un aigle, symbole très riche au Moyen-Âge puisqu'il évoque Saint-Jean mais également l'Ascension et les fidèles, se présente ici toutes serres en avant et déployant ses ailes au plumage pavé:


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Ici peut-être une poule, symbole de fécondité et de protection des maisons: 


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Sous le soleil très chaud de ce début du mois de mai, la pierre prend des reflets métalliques: or, argent, platine, cuivre. Et nous imaginons les décors somptueux en ces temps où les églises étaient peintes au dehors comme au dedans.
Quel magnifique livre d'images!!!
Seule la nature et ses fleurs nous offrirons l'après-midi même une telle magie. A suivre donc...

Trot, danse anglaise du XIIème au XIVème, on a perdu sa chorégraphie...







2 commentaires:

Viviane Lamarlère a dit…


Magnifique, magnifique ! Moi qui visite toujours le même coin de Bretagne, je suis en admiration devant cette excursion avec tous les détails que vous nous offrez (les photos sont-elles de Michel ? D'où le pluriel de ma question), tant au niveau des sculptures que de ce mur si étonnant et des fougères qui l'habitent.
Commentaire n°1 posté par valentine le 17/10/2008 à 10h59
n'est ce pas qu'il est beau ce mur?
on dirait toujours que les murs vont tomber et pourtant... ils tiennent debout!
Oui, les photos sont de Michel, il les trouvait mauvaises et finalement, les voyant encadrées de noir, s'est réconcilié avec elles ;o)
Bisous Valentine et merci.
Réponse de Russalka le 18/10/2008 à 12h33
Merci pour cette promenade en terres d'eau et de vent
l'ignorais la douceur de ses pierres
ton ode se marie à merveille à la lumière des photographies (de Michel ?)
Commentaire n°2 posté par Luc le 17/10/2008 à 17h22
Merci Luc
oui, les photos sont toutes de Michel, lorsque sur mon blog j'en emprunte ailleurs, je fais en sorte qu'elles soient libres de droit, sinon j'indique et même demande la permission au propriétaire, mais pour nos voyages ce sont toujours des clichés maison (sourire)
C'est un beau pays de pierres levées, assemblées, aux couleurs si changeantes...
Réponse de Russalka le 18/10/2008 à 12h31

Viviane Lamarlère a dit…

'ai vraiment l'impression d'être chez moi. J'adore Rochefort-En-Terre et son puits. Ses maisons sont intemporelles car la pierre est non seulement le matériau mais aussi l'esprit.
Ah, le chant du bouc ! C'est autre chose que le chant du cygne car
étymologiquement « le chant du bouc » était ce chant religieux qui accompagnait le sacrifice du bouc aux fêtes de Bacchus. La racine vient de τράγος, « le bouc ». Pauvre bouc ! Déjà un substitut des vrais sacrifices : les sacrifices humains, comme quand Abraham arrête le bras de Moïse qui s'apprêtait (comme un con) à immoler son propre fils. Les Homo sapiens sont vraiment fondamentalement des barbares sanguinaires. Croire que les dieux réclament du sang, c'est vraiment une tare originelle. Quoi qu'il en soit, la stue du bouc est magnifique !
Toute la statuaire est remarquable en Bretagne ! Bien saisi Miguel !
Commentaire n°3 posté par Merlin le 17/10/2008 à 21h35
Hier, nous avons lu ensemble Michel et moi ton commentaire et il m'a dit " Dit à jean-Pierre que je le trouve toujours aussi enchanteur que du temps de Fulgures quand nous écrivions des poèmes sur la raison ;o)) je ne me souviens même plus du prénom de votre victime à tou deux, si, Wallou... Sacré Wallou!

La Bretagne, c'est un peu notre pays d'adoption, et comme je te l'ai écrit ce matin, puisque tu me parlais des Eléments, j'avais inclus dans mon article ceci, que je te restitue et qui dit à quel point pour moi la Bretagne est le lieu où se conjuguent les éléments fondateurs:

Mystérieuse Bretagne toute rassemblée sous le signe des Quatre Eléments.

L' Air si différent du nôtre, tour à tour sauvage, insistant, frais ou léger, qui vient gonfler les voiles ou présage l'averse.

La Terre envoûtante, fleurie depuis ses plages jusque dans ses ruines, dont les chemins ne terminent jamais leurs phrases pour notre plus grand plaisir.

Le Feu des couchers de soleils, des cheminées médiévales dont la couleur dorée éclaire encore les murs, ou des frondaisons des fougères. Le feu d'un peuple qui aima à dresser les pierres avec une ferveur encore perceptible.

L'Eau présente en tous lieux et sous toutes les formes possibles...



Oui, Homo sapiens n'est pas toujours sapient,mais que de beautés sortent de ses doigts lorsqu'il est inspiré...
Merci des précisions sur le chant du bouc, l'un de mes grands regrets est de n'avoir pas étudié les grec...
Réponse de Russalka le 18/10/2008 à 12h29