mardi 8 janvier 2013

La délinquance en France


Criminalité
1. L’origine des délinquants

Laurent Chabrun, Eric Pelletier, Romain Rosso,

L’Express 
le 09/02/2006



C’est une vérité cadenassée par la loi républicaine, limitée par le risque d’exploitation politique, verrouillée par la peur d’une stigmatisation et étouffée par le politiquement correct. Les enfants d’immigrés sombrent apparemment plus souvent dans la délinquance que les autres Français. Comment évoquer sereinement ce phénomène? Le passé colonial de notre pays, de même que l’utilisation de fichiers raciaux sous le régime de Vichy et, depuis une trentaine d’années, le discours xénophobe du Front national ne facilitent guère une analyse rationnelle de la situation. Quelques voix – sociologues, criminologues, policiers ou politiques – commencent à aborder la question. L’Express a tenté de le faire, sans tabou ni idéologie.
Les voyants sont au rouge, mais les statistiques sont muettes sur le sujet. Le seul distinguo autorisé par l’administration porte en effet sur la nationalité, et non sur l’origine. Chaque année, les étrangers représentent environ 20% des délinquants (1). Mais les chiffres masquent une réalité autrement plus dérangeante, plus difficile à cerner aussi. Longtemps, on a cherché à cacher, maladroitement, la surreprésentation des enfants de l’immigration, pourtant visible, au motif qu’ils sont d’abord des enfants de la France. Sous le gouvernement Jospin, des consignes non écrites ont même été passées aux services de communication de la police. «On nous demandait de ne citer aucun prénom, se souvient un communicant de l’époque. C’était considéré comme trop stigmatisant.»

Cependant, les policiers de terrain le constatent depuis des années. Et, aujourd’hui, ils s’inquiètent notamment de l’agressivité de jeunes Blacks, en échec scolaire, coupés de tous repères familiaux. «Les Noirs que nous interpellons se manifestent par une violence instantanée, constate un commissaire en poste dans une banlieue sensible. Ils sont fréquemment impliqués dans des vols à l’arraché ou des vols à la portière. Tandis que les Maghrébins, par exemple, sont plus structurés, autour des réseaux de drogue.» Les émeutes en banlieue, en novembre 2005, ont jeté à la face du monde l’image de jeunes Français d’origine étrangère, harcelant les forces de l’ordre et incendiant des voitures.
A quoi ressemblent les délinquants de tous les jours? Pour le savoir, il suffit de se plonger dans un fichier méconnu, baptisé «Canonge», qui comporte l’état civil, la photo et la description physique très détaillée des personnes «signalisées» lors de leur placement en garde à vue. Grâce à cette base de données présentée à la victime, celle-ci peut espérer identifier son agresseur. Or ce logiciel, réactualisé en 2003, retient aujourd’hui 12 «types» ethniques: blanc-caucasien, méditerranéen, gitan, moyen-oriental, nord-africain-maghrébin, asiatique-eurasien, amérindien, indien, métis-mulâtre, noir, polynésien, mélanésien.
Cet outil est à manier avec prudence. D’abord, parce que, même si le Canonge est légal, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) interdit d’exploiter ses renseignements à d’autres fins que celle de la recherche d’un auteur présumé. Ensuite, parce qu’il ne dit rien de la nationalité et de l’origine de l’individu – qui peut être français depuis plusieurs générations malgré un physique méditerranéen, par exemple. Enfin, parce que les mentions sont portées par l’officier de police, avec la part de subjectivité que cela suppose.
«Je vous avais prévenu: il y a peu de Gaulois!»

A Paris, le Canonge comprend environ 103 000 hommes, dont 37% de Blancs, 29% de Nord-Africains et 19% de Noirs. Pour l’anecdote, un seul Mélanésien est référencé. «Mes agresseurs avaient entre 18 et 20 ans. Plutôt grands, d’origine maghrébine: je n’avais pas d’autres indications à fournir à la police, se souvient une victime d’agression. J’ai été invité à les reconnaître dans le fichier. J’ai mis une bonne heure: il y avait plus de 2 000 photos.»
Cette proportion de Français d’origine étrangère est encore plus forte parmi les jeunes de certaines banlieues. Ainsi, dans cette commune du Val-d’Oise, où plus de 7 500 hommes âgés de 25 ans sont répertoriés dans le fichier Canonge, les Blancs représentent moins de 2%, de même que les Noirs, contre près de 45% pour les Nord-Africains, soit 3 200 individus. «Je vous avais prévenu: il y a peu de Gaulois!» indique un enquêteur. Dans un département de la grande couronne, comme la Seine-et-Marne, les Blancs constituent la moitié des suspects. Dans les départements ruraux, le taux est plus élevé.
La lecture des mains courantes des commissariats prouve cette répartition inégale. Ces outils recensent le tout-venant de la délinquance: des délits de fuite au vol à la roulotte, en passant par les troubles du voisinage. L’Express a pu en consulter deux, l’une dans un arrondissement chic de Paris, l’autre dans un secteur populaire. Elles ne se ressemblent pas.
Dans le premier cas, les habitants se plaignent plus de cambriolages et de tapages nocturnes que d’agressions ou de trafics de drogue. La main courante mentionne bien un «indésirable» nord-africain, un SDF né au Nigeria et l’interpellation d’un voleur russe, mais peu d’incidents soulignent la problématique de l’immigration. Dans le second cas, en revanche, on note, d’abord, que les faits sont plus nombreux et plus graves: problèmes de rixes avec coups et blessures, de dégradations de biens, de menaces, de violences ou de consommation de stupéfiants, etc. On observe, ensuite, que 73% des auteurs recensés ont un nom à consonance étrangère.

Extraits.
Dans la nuit, Houria est frappée par son frère Samir (2), mais les parents refusent qu’elle porte plainte. Le matin, la police arrête Abdoul pour «menaces de mort et dégradations légères de biens privés». Une heure plus tard, Saïd est interpellé pour avoir frappé et tenté d’étrangler son épouse. Dans l’après-midi, trois individus, Izamona, Kabeya, Ibrahima, sont évincés d’un hall d’immeuble. Ils auraient menacé, à plusieurs reprises, une résidente, qui «commencerait à avoir peur pour sa vie». Plus tard, Jérôme, lui, est interpellé pour usage illégal de produits stupéfiants. Pierre et Michel sont conduits au poste pour avoir insulté et violenté deux agents de la RATP dans le métro. Dans un autre secteur, une femme, victime d’un vol avec violence, est conduite à l’hôpital. Son agresseur est de «type nord-africain, portant des lunettes carrées, un blouson noir et des baskets». Utilisant un gaz lacrymogène, il lui a dérobé son porte-cartes et du liquide. La soirée se termine par de nombreux troubles de voisinage et des différends entre époux. Fait notable: la majorité des victimes semblent, également, issues de communautés étrangères. «C’est le reflet de la population de ces quartiers», explique un officier.

Au bout de la chaîne, l’administration pénitentiaire a depuis longtemps intégré l’aspect ethnique. Le visiteur qui, pour la première fois, pénètre dans une prison en région parisienne le voit immédiatement. Il découvre le vrai visage des détenus: blacks et beurs, à une écrasante majorité. «Nous sommes pris par l’urgence. Nous devons avoir une gestion pragmatique, souligne Jean-François Forget, secrétaire général adjoint de l’Ufap, syndicat majoritaire chez les surveillants. Cela ne date pas d’aujourd’hui. Lorsque j’étais en poste aux Baumettes, à Marseille, on ne parlait que de pizzas et de pâtes aux étages où étaient incarcérés les détenus d’origine italienne.» A la maison d’arrêt de la Santé, à Paris, qui compte plus de 100 nationalités, les ethnies sont réparties selon les bâtiments: Européens au bloc A, Africains au B, Maghrébins au C, etc. Un regroupement qui se fait, souvent, à la demande du détenu lui-même.
Des sociologues, peu suspects de racisme, ont commencé à briser le tabou de la surreprésentation des jeunes issus de l’immigration dans la délinquance. Sébastian Roché, directeur de recherche au CNRS, fut l’un des pionniers. Il y a neuf ans, certains de ses collègues l’ont mis en garde: il forçait le couvercle d’une boîte de Pandore, celle du communautarisme. Il a commencé par définir le concept d’ «origine étrangère». Tâche difficile dans une nation qui s’est construite au rythme des brassages successifs de populations. Le sociologue a considéré que cette origine se définissait par le fait qu’au moins l’un des deux parents était étranger ou né hors de France.
«Faut-il le rappeler? L’écrasante majorité des enfants d’immigrés ne pose aucun problème, tient à souligner Roché, qui a mené plusieurs études à Grenoble et à Saint-Etienne. En examinant les condamnations intervenues de 1985 à 2000 dans l’Isère, il apparaît que 94% des jeunes jugés sont de nationalité française, mais 60% sont d’origine étrangère ou étrangers.» De même, ils sont plus souvent impliqués dans des «faits graves».

«Analyser les discriminations»

Quant à l’explication du phénomène, elle fait l’objet de controverses entre chercheurs. «C’est d’abord la conséquence d’une position sociale: les jeunes délinquants d’origine étrangère sont majoritairement des enfants des quartiers ouvriers, des fils des familles nombreuses les moins armées scolairement et les plus précaires économiquement», soutient Laurent Mucchielli, directeur du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip) (3). Selon les études de Roché, l’origine sociale n’explique pas tout. «Certes, 80% des jeunes délinquants d’origine maghrébine ont des parents ouvriers ou employés, souligne-t-il. Mais, à niveau socio-économique équivalent, les enfants d’immigrés sont plus délinquants que les autres. L’échec scolaire et un rapport difficile à l’autorité représentent des facteurs déterminants.»
Mais comment évoquer cela sans fissurer davantage notre modèle républicain ni céder au communautarisme? Faute d’un instrument de mesure adapté, les autorités françaises demeurent incapables d’estimer avec précision le phénomène et d’en tirer les leçons. Faut-il instaurer un dispositif ad hoc, qui présenterait l’intérêt d’évaluer le travail policier? C’est l’avis de Laurent Mucchielli: «Ces statistiques, loin d’entériner ou de nourrir un quelconque racisme, seraient au contraire des éléments utiles pour analyser les discriminations dont les personnes étrangères sont fréquemment victimes.»
Les policiers, qui ont pourtant été les premiers à donner l’alarme, sont, eux, partagés. «J’arrête des délinquants, pas des étrangers ou des Français», lance un commissaire. «Si on bâtit un indicateur racial, on va tomber dans le piège de la discrimination et diviser les Français», ajoute un autre. «Un tel outil, fondé à la fois sur des éléments statistiques et sur des analyses sociologiques, permettrait d’expliquer beaucoup de choses, pense, au contraire, Jean-Marie Salanova, patron du Syndicat des commissaires et des hauts fonctionnaires de la police nationale. On ne pourra continuer à ignorer le phénomène très longtemps, non pour stigmatiser, mais pour comprendre. Ce qui serait le moyen d’éviter les réponses simplistes.» «Cela peut être un outil pratique pour les policiers et pour les chercheurs, estime Bruno Beschizza, secrétaire général du syndicat Synergie Officiers. Mais c’est aux politiques de prendre une décision d’une telle importance, car elle doit concilier la recherche de la vérité et la garantie des libertés individuelles, voire religieuses.»
L’Express a contacté plusieurs anciens ministres de l’Intérieur qui n’ont pas souhaité commenter les conclusions de notre enquête. Seul le socialiste Daniel Vaillant ose aujourd’hui briser le tabou. Il se prononce en faveur d’une étude sur le sujet (lire l’encadré). La France, parfois, a du mal à se regarder dans les yeux.
(1) Ce chiffre comprend les infractions liées à l’immigration clandestine.
(2) Pour des raisons d’anonymat, les prénoms ont été changés.
(3) Penser la question de la «surreprésentation des jeunes de l’immigration dans la délinquance», à paraître aux éditions La Fabrique.


In France, Prisons Filled With Muslims
Washington Post
April 29, 2008

SEQUEDIN, France — Samia El Alaoui Talibi walks her beat in a cream-colored head scarf and an ink-black robe with sunset-orange piping, an outfit she picked up at a yard sale.
After passing a bulletproof window, El Alaoui Talibi trudges through half a dozen heavy, locked doors to reach the Muslim faithful to whom she ministers in the women’s cellblock of the Lille-Sequedin Detention Center in far northern France.
It took her years to earn this access, said El Alaoui Talibi, one of only four Muslim holy women allowed to work in French prisons. “Everyone has the same prejudices and negative image of Muslims and Islam,” said Moroccan-born El Alaoui Talibi, 47, the mother of seven children. “When some guards see you, they see an Arab; they see you the same as if you were a prisoner.”
This prison is majority Muslim — as is virtually every house of incarceration in France. About 60 to 70 percent of all inmates in the country’s prison system are Muslim, according to Muslim leaders, sociologists and researchers, though Muslims make up only about 12 percent of the country’s population.
On a continent where immigrants and the children of immigrants are disproportionately represented in almost every prison system, the French figures are the most marked, according to researchers, criminologists and Muslim leaders.
“The high percentage of Muslims in prisons is a direct consequence of the failure of the integration of minorities in France,” said Moussa Khedimellah, a sociologist who has spent several years conducting research on Muslims in the French penal system.
In Britain, 11 percent of prisoners are Muslim in contrast to about 3 percent of all inhabitants, according to the Justice Ministry. Research by the Open Society Institute, an advocacy organization, shows that in the Netherlands 20 percent of adult prisoners and 26 percent of all juvenile offenders are Muslim; the country is about 5.5 percent Muslim. In Belgium, Muslims from Morocco and Turkey make up at least 16 percent of the prison population, compared with 2 percent of the general populace, the research found.
Sociologists and Muslim leaders say the French prison system reflects the deep social and ethnic divides roiling France and its European neighbors as immigrants and a new generation of their children alter the demographic and cultural landscape of the continent.
French prison officials blame the high numbers on the poverty of people who have moved here from North African and other Islamic countries in recent decades. “Many immigrants arrive in France in difficult financial situations, which make delinquency more frequent,” said Jeanne Sautière, director of integration and religious groups for the French prison system. “The most important thing is to say there is no correlation between Islam and delinquency.”
But Muslim leaders, sociologists and human rights activists argue that more than in most other European countries, government social policies in France have served to isolate Muslims in impoverished suburbs that have high unemployment, inferior schools and substandard housing. This has helped create a generation of French-born children with little hope of social advancement and even less respect for French authority.
“The question of discrimination and justice is one of the key political questions of our society, and still, it is not given much importance,” said Sebastian Roche, who has studied judicial discrimination as research director for the French National Center for Scientific Research. “We can’t blame a state if its companies discriminate; however, we can blame the state if its justice system and its police discriminate.”
As a matter of policy, the French government does not collect data on race, religion or ethnicity on its citizens in any capacity, making it difficult to obtain precise figures on the makeup of prison populations. But demographers, sociologists and Muslim leaders have compiled generally accepted estimates showing Muslim inmate populations nationwide averaging between 60 and 70 percent.
The figures fluctuate from region to region: They are higher in areas with large concentrations of Muslims, including suburban Paris, Marseille in the south and Lille in the north.
Inside the prisons, El Alaoui Talibi and her husband, Hassan — a rare husband-wife Islamic clerical team — are struggling to win for Muslim prisoners the same religious rights accorded to their minority-Christian counterparts. Hassan is an imam. Samia has received religious training and can counsel the faithful, but under Islamic practices she cannot become an imam. The prison system has only 100 Muslim clerics for the country’s 200 prisons, compared with about 480 Catholic, 250 Protestant and 50 Jewish chaplains, even though Muslim inmates vastly outnumber prisoners of all other religions. “It is true that we haven’t attained full equality among religions in prisons yet,” said Sautière, the national prison official. “It is a matter of time.”
In recent years, the French government’s primary concern with its Muslim inmate population has been political. French national security officials warned prison authorities in 2005 that they should work to prevent radical Muslims from inciting fellow prisoners. A year later, the French Senate approved a bill giving the country’s national intelligence agency broad authority to monitor Muslim inmates as part of counterterrorism efforts.
Prison authorities began allowing carefully vetted moderate imams into prisons in hopes of “balancing the radical elements,” said Aurélie Leclerq, 33, director of the Lille-Sequedin Detention Center.
Hassan El Alaoui Talibi, 52, who moved to France from Morocco as a student, is the national head of France’s prison imams and typical of the kind of moderate Muslim figure the French government seeks for its prison system.
El Alaoui Talibi delivers his Friday sermons with carefully chosen words, he says. He avoids politics and other subjects that might seem remotely inflammatory. He sticks to counseling convicted drug dealers, murderers and illegal immigrants in matters of faith and respect.
But not all the Muslims at Lille-Sequedin share those moderate views. Last year a disgruntled inmate blared a taped religious sermon into the prison courtyard. Prison officials deemed its message inflammatory and sent the prisoner to solitary confinement.
El Alaoui Talibi described years of struggle to win even modest concessions from prison directors. He recalled the first prison visit he made, a decade ago: He was forced to wait an hour and a half to meet with inmates. “If I hadn’t been patient, I would have left,” said the soft-spoken former high school teacher who became a prison imam after seeing so many of his students get in trouble with the law for petty offenses and end up hard-core criminals after prison stints.
Today, working in France’s newest prison — the sprawling, three-year-old Lille-Sequedin center — the El Alaoui Talibis say they are more accepted than some Muslim colleagues at other prisons. Prison officials rejected requests by The Washington Post to visit some of the system’s older, more troubled prisons.
On a recent Friday, Hassan El Alaoui Talibi, a man with soulful eyes and a beard with the first hints of gray, made his way with a reporter through the men’s wings, collecting prisoners’ notes from mailboxes shared with Catholic and Protestant chaplains. At one point, several new inmates returning from sports practice surrounded him, requesting personal visits. He scribbled their names and cell numbers on a scrap of paper.
Many of the Muslim inmates in this prison just west of Lille are the children and grandchildren of immigrants who were brought to the northern region decades ago to work in its coal mines.
El Alaoui Talibi moved on to a small room overlooking a tiny garden courtyard and tugged at prayer mats stacked in a closet beside a rough-hewn wooden cross. Every other Friday, he transforms the room into a mosque for some of the male Muslim faithful of the prison. One of his most frequent sermon topics is food.
“He tells us not to throw away prison food just because it isn’t halal,” or compliant with Islamic dietary law, said a 33-year-old former civil servant, a man of Algerian descent who attends the twice-monthly prayer meetings. French prison rules prohibit journalists from identifying inmates by name or disclosing their crimes.
The refusal of prison officials to provide halal food, particularly meat products, is one of the biggest complaints of Muslim inmates across France and has occasionally led to cellblock protests.
For many years, prisons have allowed Muslim prisoners to forgo pork products — and statistics tracking prisoners who refuse pork is an accurate barometer of the Muslim population in a prison, according to researchers. But cutting out pork is a long way from the full halal regimen. Only recently, did the prisons stop using pork grease to cook vegetables and other dishes.
“If you want to comply with your religion, you don’t have a choice — you have to become vegetarian,” said the convicted civil servant, a compact man who works in the prison library. “We have access to a prison store with two halal products: halal sausage and a can of ravioli.”
Prison officials say it is too expensive to provide halal meals. “We’d like to buy fresh meat, but we can’t,” said Leclerq, whose prison office is decorated with plush bears.
Muslim inmates said they sense other religious snubs. Christians are allowed packages containing gifts and special treats from their families at Christmas, but Muslims do not receive the same privilege for the Ramadan holy days. “We’re careful not to call them Christmas packages because Muslims would ask for Ramadan packages,” Leclerq said. “We call them end-of-the-year packages. We can’t use a religious term or some people get tense.”
Hassan El Alaoui Talibi said the French prison system has made progress since he began his ministry a decade ago. Last year the government set guidelines for all prisons to follow on religious practices, rather than allowing directors to arbitrarily set their own rules.
Prison imams met with Justice Minister Rachida Dati last month with a list of continuing requests, including more imams and training for prison guards to help them better understand religious differences.
A 31-year-old woman of Algerian descent with a youthful face and black, wavy hair tied carelessly in a ponytail welcomed Samia El Alaoui Talibi on a recent morning with double kisses on the cheeks.
“Arriving here was a nightmare,” said the woman, one of about 150 female inmates. “I was crying, I couldn’t believe I was here.
“Then I saw this woman wearing a head scarf,” she said, smiling toward Samia. “I could tell she was here to help me. I call her my angel.”
Researcher Corinne Gavard contributed to this report.
Poking Around the Prisons
April 28, 2008
Today we’re inaugurating a new feature called Field Notes to give you a sense of the story behind the story. These journals — a glimpse at the way our correspondents work — will occasionally accompany dispatches from abroad on the web and in print.
PARIS, April 28–Four months ago, I was poking around the filthy, cobweb-encrusted kitchen of an abandoned prison in the southern France tourist town of Avignon.
The government had hopes of a fancy hotel chain buying a former prison — built in 1865 — and turning it into a luxury resort. I was there to do a feature on the attempted conversion.
I spotted an old chalk board on the kitchen wall with a list of the numbers of meals served up on the last day the prison was open in 2003. There were cryptic letters next to some of the columns. The letters turned out to represent the number of meals served to Muslim inmates.
Of 326 prisoners, 171 — or 52 percent — were Muslim.
It seemed like an unusually high figure for a country where an estimated 12 percent of the general population is Muslim.
I started doing more poking.
But in a nation that doesn’t allow its government agencies to collect data on race, religion or ethnicity, prison officials declined to discuss any such numbers.
Our Paris bureau researcher, Corinne Gavard, and I began looking for other sources.
We found a gold mine in an earnest young man named Moussa Khedimellah, who’d spent four years inside French prisons interviewing inmates as a researcher for book about Muslims in French and British prisons. In a field where few people have done serious research because of the difficulty of getting access to the prisons and the lack of official data, Khedimellah and his colleagues had gathered some of the most comprehensive and insightful data available.
We then began contacting imams who worked inside the prisons.
But I wanted to go inside the prisons myself.
Our request to visit the largest prison with one of the most troubled Muslim populations just outside of Paris was rejected by the authorities, who said they didn’t have a proper room to welcome us.
Our request at a second prison was turned down because the director was new and hadn’t dealt with journalists yet.
After dozens of phone calls and letters, and with the help of an unusual couple — Hassan and Samia and El Alaoui Talibi , a husband-wife team ministering to Muslims in prisons in the Lille area — we were given permission to visit Lille-Sequedin Detention Center near the northern city of Lille.
The prison is France’s newest and is a virtual penal showcase. It was large, airy and clean. Most prisoners had private cells with their own shower and bathroom. The director was a 33-year-old woman who is featured in the prison system’s latest recruiting film for new administrators.
I kept thinking back to my tour of the 143-year-old prison in Avignon where this story idea was hatched in front of a kitchen blackboard.
The taxi driver who took us to the prison told us he used to be a dental assistant at the old Avignon prison before it closed five years ago.
“They had rats in there as long as your arm,” he said, taking his arm off the steering wheel to demonstrate the rodent size.

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