vendredi 11 janvier 2013

La fabuleuse histoire de la plante d'épier




Plante d'Épier était triste. Personne ne l'aimait.
Pourtant, elle appréciait son monde
l'herbe d'or le soir
qu'à peine froissaient les pas d'un vieil arbre et de son tout petit




la pluie qui certains jours s'y brisait en vert pur
les sentiers fauves de broussailles, échines bandées,
grognements de cailloux bruns et graves
remontant leur source,
enroulant à la roche un rio de rancunes et de feuilles.

Oui, mais voilà. Plante d'Épier aimait surprendre les secrets des uns et des autres
puis les disperser dans tout le pays.

Ses compagnons d'autres espèces avaient beau parler comme Fumée se dissipe,
elle entendait toujours
et ses Rats-Contars couraient
quelques bouquets malodorants accrochés à leurs moustaches.
Le regard plein d'écorce des vieux arbres ne lui donnait aucune mauvaise conscience...

Une nuit où elle s'était endormie de fatigue, un arbre aux racines plus souples que les autres rassembla toute son énergie et l' envoya promener par les airs.

Adieu belles collines aux fruits rouges comme la mer
Adieu l'arbre nuage aux racines de grèle



Bienvenue au désert.

Plante d'Épier fut encore plus triste. Son atterrissage l'avait transformée en plante de Pierres. Il lui fallait s'enfuir au plus vite de ce lieu en apparence plein d'immobile, si différent de sa terre natale, dont les paysages bougaient avec une telle brutalité qu'on ne savait jamais leur en vouloir.


Il lui suffirait d'épier et de parler, jusqu'à ce que ces pierres muettes mais pas sourdes se lassent.
Le résultat ne se fit pas attendre... Pour se débarrasser de cette plante qui parvenait en dépit du peu d'eau à s'infiltrer jusque sous leurs ombres pour écouter qui sait quoi, une nuit, aidés du vent qui joue tam-tam en ce pays là, pierres et grains de sable se redressèrent tous en une immense dune et hop... glisse plante, glisse et t'en va vers la ...

Ils n'avaient pas terminé cette pensée
que la plante d'Épier se retrouvait de l'autre côté de leur terre.

Plante d'Épier se sentit fort joyeuse. Cet endroit était éclairé de mille lunes et de mille soleils qui dansaient dans la brise.




-  Bonjour! Qui es tu? C'est la première fois que nous te voyons ici... lui demanda une charmante corrolle d'or.

- On me nomme la plante d'Épier, dit elle en rengorgeant sa voute. Je cherche un endroit où écouter ce que raconte le monde.

- Oh la la, oh la la, misère de misère!!! dirent en choeur les lions de plume.

Le plus joli d'entre eux s'approcha.

- Bonjour, toi! Je suis Fleur-Lion, la fée de ma tribu. Si tu veux écouter ce que te dit le monde, tu dois l'enfermer derrière des clôtures pour qu'il ne se sauve.
Je n'ai pas dis " Oui, c'est bien d'agir ainsi !",  j'ai dit ce qu'il convient de faire, mais nul n'est tenu de me croire. Voyons... voyons... Tu pourrais  rejoindre ces mauvaises herbes qui bordent les ouches, mais il te faudrait tendre l'oreille car le monde passe vite... Non. Suis-moi! Tu vas te planter là, au milieu des Épis-Haies sauvages , tu seras en bonne compagnie, serrée et vigilante à tout ce qui se dit.

Ainsi fit la plante, laissant pousser ses feuilles roses, se mêlant aux parfums et racines qui lui firent la fête.

Passèrent les mois, bourgeons, fleurs et branches porteuses de fruits ou d'ombre.



La plante d'Épier s'offrait aux becs d'oiseaux, aux baisers des papillons, aux Rats-Contards spontanés qui couraient sous le feuillage. Les Épis-haies se transformèrent lentement en Haies-Pillées au grand désespoir de la plante d'Épier. Car
lorsque en une nuit vint la saison froide,
les nids ne chantaient plus guère,
plus aucun bec ne venait la chatouiller,
les Rats-Contards aux moustaches gelées se terraient en compagnie des taupes,
les fruits de ses compagnes pendaient racornis sur leurs tiges ou pourrissaient au sol.
 
Elle appela alors son amie à la corolle d'or.

- Cette Épis-Haie sauvage est devenue pour moi un Gai-Pied bien triste, Amie... Je ressens une envie d'ailleurs. Toi qui est de bon conseil, que dois-je faire?

- J'ai toujours su que tu ne te plairais pas longtemps chez nous, lui répondit la Fée des Fleur-Lions en ravalant ses larmes. D'ailleurs tes propres fruits sont si étranges... Alors que tes compagnes se replient sur elles-mêmes, tu sors tes enfants en éventail!
Peut-être appartiens-tu à l'espèce qui porte des griffes, peut-être es-tu une nouvelle sorte de rosier aux racines carrées? Je crois qu'il faut que tu t'en ailles, ta chair est juteuse à souhait pour d'autres paysages, mais avant que je ne te détache de tout ce lierre et ces lauriers, promets-moi ceci:


Marcheuse, tu t'en iras sans mordre

aux erres que la pluie scelle dans les chemins

tu porteras ton nom qui est Plante des Piedssans oublier jamais
que ton maigre savoir est pour être perdu
le sans-preuve sera ton bâton pour marcher
T
u garderas silence sur tes entendus
cela dût-il t'en coûter
ta
peine te dira qu'il suffit d’un peu d’ombre pour faire pencher
vers le Vrai ou la Faux
de cette peine-là, tu tisseras des joies
vers l'horizon tendues
Viendra le dernier jour
alors tu comprendras
que ce point que tes pas cherchaient à traverser
tressait lui aussi dans ses aurores  le chemin de ton retour



Plante des Pieds était très mélangée:  triste du chagrin qu'elle percevait chez son amie, fière de son nom tout neuf et pas très certaine d'avoir tout compris de ce discours. Mais elle s'en fut sans se retourner, en gardant bien au chaud mémoire des paroles de Fleur-Lion

Ses errances depuis la ramènent toujours à son point de départ
et l'horizon pour elle reste éternel questionnement
qu'une pierre énorme
quoique pas toujours visible
empêche de franchir.

Beaucoup d'autres questions,  d'ailleurs.
L'arc-en-ciel, par exemple... on raconte que... mais ceci est une autre histoire!



Toiles de Pierre Marcel

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