vendredi 18 janvier 2013

La solitude du Christkindel


 Un article publié l'an dernier que je remets en ligne
car toujours et encore d'actualité...

Depuis le quinze novembre dernier, les bourgades alentour sont grimées de guirlandes dont les couleurs violentes et de mauvais goût et la prodigalité me donnent le blues.

Ce qu’elles soulignent ne me réjouit pas l’âme, ne réchauffe pas mon cœur.
Je me souviens en Afrique, il n’y avait pas tous ces tralala de loupiotes et de lampadaires. Nous voyions la Croix du Sud ou la croix d’Agades, selon l’hémisphère où nous nous trouvions, illuminer la nuit et tant d’autres étoiles que nos ciels chauffés à blanc par les lampes citadines semblent avoir avalées.

Alors rencontrer une nostalgie de même nature chez un auteur en cette saison, cela fait se sentir moins seule.

Nostalgie ou coup de colère ? Mémoire vivante surtout. Mémoire des aubes pures, des fleuves où mûrissent fièvres et palais. Mémoire des traditions perdues et révolte contre celles qui nous sont inventées de toutes pièces ( de monnaie ) pour remplir les coffres du commerce.

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Oui, j’approuve cette lettre ouverte que Pat Thibaut, encore lui, a écrite aux Alsaciens et bien au-delà.
Cet enfant roi qu’il nous raconte
dont la naissance remonte
au XVI ème siècle pour remettre un peu d’ordre
dans le temple et ses marchés juteux
… je ne vous dirai pas la suite.

Cet enfant Roi qui est-elle ? L’évocation de Wotan au tout début du délicat ouvrage si poétique qu’il signe à nouveau nous donne quelques pistes. Les légendes de l’or du Rhin ne sont pas très loin.
Mais les hommes n’aiment pas ce qui est léger, transparent, baigné d’une lumière intérieure dont les volutes disent la profondeur de l'évoqué. Les hommes aiment le voyant, le clinquant, la superficie douteuse.
Partons donc en voyage au pays des légendes, des croyances,  d'une saine et vivifiante colère contre un monde qui oublie ses attaches lointaines, un monde où tout se vend s’achète et où les lumières d’occasion empêchent de goûter la pleine et lente présence du ciel et du temps.

Quelques images donnent une idée du sens de la mise en scène, de la vigueur du pinceau de Pat Thiebaut.
Les oppositions de couleurs sont majestueuses, le texte acéré, travaillé à la virgule près, d’une grande poésie.
C’est un livre pour petits et grands dont on ne cesse de découvrir la profonde unité qui règne entre chaque page. Pour exemple la manière dont ce visage enfantin aux cheveux d’or dont on ne voit que les grands yeux s’agrandit de page en page et dont la forme de la chevelure va se muer soudain… en la forme de la moustache de Wotan. Voyez la chevelure de cet enfant s'enrouler sur son avant-bras droit, en écho à la vague que dessine la moustache de l'immense dans son  ombre. Oui, enfant des dieux du Nord, il reste vestige en elle de ces temps-là, pleins de fureurs et de mers.

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Le contraste entre cet or nuancé de chair et de blanc et le bleu bronze du Dieu des dieux, contraste rehaussé par le noir de Munnin, compagnon ailé de Wotan et symbole de la mémoire dont les ailes volent de page en page, est de toute beauté. Je crois que c'est ma page préférée, tout y est courbes, mouvements, sève que rien ne fige.

Pour exemple ces ciels bleus tout en transparence où se devinent dans la nuit un peu brumeuse d’autres clochers, d’autres villages. J'ai adoré me promener sur ce clocher aux détails ciselés de givre, ces nuages sans aigreurs qui se déchirent doucement, ces toits recouverts d'une neige que l'on pourrait presque saisir tant le modelé tout en transparence en donne idée de l'eau et du froid qui la composent.

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A
vec tous mes remerciements à Pat et mes voeux à ses enfants de poésie et peinture que vous pourrez vous procurer
en écrivant à Pat Thiébaut
cfoulesfeesktumfais@yahoo.fr



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