vendredi 18 janvier 2013

Lous Antoine Ranvier


 


    Il était des temps, on l'oublie aujourd'hui, et peut-être est-ce aussi pour moi le lieu de le dire, il était des temps où l'on ne savait bien que ce qu'on avait copié maintes fois, et conservé précieusement près de soi.
 
    Aujourd'hui, la technologie nous offre une toute puissance qui n'est que de façade. Nous savons une bibliothèque universelle à notre disposition, il suffit d'appuyer sur les bons interrupteurs... si j'ose dire. En sommes nous plus forts?

  
    Je vous parle d'un temps...
    Louis Antoine Ranvier est né à Lyon en 1835. Difficile même sur la toile de retrouver une biographie de cet homme qui fut, excusez du peu, professeur au Collège de France, membre de l' Académie des sciences, neuropathologiste et histologiste français dont les ouvrages font encore autorité. Il n'aimait travailler qu'à la main, jamais ne se servant du microtome. Célibataire toute sa vie, distrait, excentrique et parfois de rude caractère, ses étudiants et collègues le vénéraient, quoiqu'il n'ait jamais rien fait pour obtenir une reconnaissance publique dont il semblait se moquer.
    Figurez-vous que cet homme me concerne : il s'est intéressé bien sûr à toutes les cellules, mais plus particulièrement aux cellules nerveuses, ou neurones, et fouillant ces derniers, à la gaine de myéline qui entoure nos cablages intimes.
    Cette gaine est capitale puisque c'est elle qui conduit l'influx nerveux. Imaginez un cable électrique dont la gaine qui l'entoure serait celle qui conduirait le courant. C'est cela la myéline, et lorsqu'elle est endommagée, le courant ne passe plus, conduisant à toutes sortes de petites misères particulièrement étonnantes dans ... la sclérose en plaques. Les plaques de cette maladie sont ni plus ni moins les cicatrices de blessures que le système immunitaire a infligé au système nerveux. Ces plaques de myéline durcie, sclérosée, ralentissent puis finissent par empêcher la conduction nerveuse.
    Bref, Ranvier a découvert, entre autres choses, de minuscules étranglements le long des gaines de myéline, auxquels il a donné le nom de Noeuds de Ranvier
    Cela lui a permis de constater que, rencontrant une moindre résistance au niveau de ces étranglements, l'influx nerveux sautait d'un noeud ( de Ranvier ) à l'autre.
    Un Ami a offert à Michel il y a peu un cadeau aussi somptueux que délicat:
un cahier de cours manuscrit d'un étudiant de
Ranvier
    Le cahier est très doux au regard, à la pulpe des doigts,  on sent qu'il fut aimé, tenu avec respect. La douceur de sa teinte apaise profondément.
Il nous porte entre ses lignes, de page en page, de croquis en croquis, toute la déférence d'un élève pour le savoir qui lui est dispensé. Toute sa modestie d'apprenant qui ose laisser trace de ses erreurs... aussi. Les ratures sont lancées comme des majuscules.

Je vous laisse déguster...

Ranvier2

    Les leçons sont prises d'une plume fine, précise et légère, l'écriture inclinée vers la droite, serrée et pleine d'élan dit toute la passion, le sens de l'espace, les dessins sont d'une qualité exceptionnelle... Michel y a retrouvé avec bonheur ses propres pas de jeune médecin découvrant notre infiniment petit
.

Visiblement cet étudiant était vétérinaire.


Ranvier3
    On trouve là un esprit qui manque en nos temps hypertechnicisés où tout est potentiellement jetable : la paix qui se dégage de notes studieuses, la probité d'un graphe posé dans la lenteur, le gout  de l'objet que l'on gardera près de soi qui nous nourrira longtemps après .

Il y a de l'esprit, et vivant, dans ces pages anciennes. J'avais envie de les partager. Merci à l'Ami et à son libraire de ce très beau cadeau...



De Camille Saint-Saens, exact contemporain de Louis Antoine
Ranvier
 

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