vendredi 11 janvier 2013

Musique, Peinture, Poésie, Penser * 16 * Ecole franco-flamande, Paris, Janequin







" Paix, là, Messieurs! Il faut icy garder silence et donner audience à la voix,comme l'Ambassadeur de nos âmes." Etienne Binet



























Salle des Caryatides du Musée du Louvre

 de Jean Goujon


 sculpteur et architecte contemporain de Janequin


Nous sommes en 1546. François 1er fait abattre la grosse tour de l'ancienne forteresse
du Louvre qui ne surveille plus aucune invasion. Ci-dessous le Louvre médiéval tel que représenté dans les Très riches heures du Duc de Berry:




Le Roi demande à  Pierre Lescot  de transformer ce bâtiment en résidence royale.
Sous le règne de Henri II, Lescot sera aidé de Jean Goujon pour prolonger vers l'ouest le palais du Louvre.

Qui a médité des heures sous ces murs devine l'altitude esthétique de ces temps-là mais aussi la force et le génie humain anonymes broyés pour le désir d'un prince...




C'est dans ce climat de jubilation créatrice qu'a vécu Clément Janequin.
Encore un compositeur qui jouit en son temps et dans toute l'Europe d'une " fama " qui ne s'est pas démentie de nos jours.


Né à Châtellerault vers 1485, mort à Paris en 1558,  le jeune Clément découvrit sa vocation comme choriste dans la maîtrise de sa ville. Les églises et cathédrales étaient les équivalents de nos conservatoires de musique et son éducation dut y être si exemplaire qu'il rentra au service de Louis de Ronsard, père du poète. Surtout, les villes de France et bien sûr de Gascogne où s'exerça longtemps et de manière itinérante ce  Parisien d'adoption tardive étaient fort souvent occupées de tréteaux où se donnaient des farces aux personnages pittoresques, telle ce Gentilhomme et Naudet, qui exprime dans une langue bien vigoureuse les préoccupations des hommes et des femmes de ce temps. En suivant le lien vers cette pièce vous pourrez, passée sa présentation, la lire, elle est délicieuse.

Les allusions à l'amour charnel y étaient bien moins entourées de précautions que dans la chanson courtoise et leur gauloiserie leur valait  le mépris ostensible des rhéteurs, poètes et auteurs officiels, hors Rabelais, Montaigne et surtout l'immense Clément Marot qui sera le parolier attitré de Claudien de Sermisy
.

Cette époque autorisait tous les emprunts, toutes les joutes joyeuses et amicales, tous les registres: élégiaques, narratifs, blasphématoires, satirique, rustique, amoureux, paillard. Nul n'en était choqué et surtout pas le Roi, qui reçut de Sermisy quelques vers bien troussés: " Tel que je vois Sire, s'il a mangé cent estrons, il ne s'en fera que rire".
Janequin y excella: presque 300 chansons profanes dont une grande partie fort coquines qui seront publiées par Pierre Attaingnant entre 1520 et 1540, 150 chansons spirituelles,  un motet et, sur la fin de sa vie, quelques psaumes inspirés du psautier huguenot. Vous trouverez ici une biographie de ce prêtre musicien à la nature nomade et querelleuse dont on sait ma foi peu de choses si ce n'est son ambition de réussite et son aptitude naturelle à glisser ses pas dans ceux des grands de ce monde...





Le Chant des oiseaux ( le lien conduit à la partition intégrale), pièce magistrale à quatre voix et en quatre parties peut être lu et surtout écouté de plusieurs manières et d'ailleurs le compositeur nous en avertit lui même d'entrée:


Pour vous mettre hors d'émoi  destoupez  ( débouchez  ) vos oreilles.

Autrement dit, sauf à se rendre droit au sens caché  en ouvrant les oreilles, nous risquons de prime abord d'être émus, choqués. Qu'est-ce qui nous attend?

- Une explosion ornithologique, Janequin jonglant en virtuose avec les onomatopées imitatrices citant tour à tour la petite grive ( roy mauvis) le merle, l'étourneau, le sansonnet, le rossignol, le coucou. Les chansons reproduisant  celui de nos amis ailés étaient chose courante en ce XVème siècle aussi bien en France qu'en Italie avec la caccia et Pierre Belon, dans son Histoire de la nature des oyseaux, ( pour les amoureux de livres anciens, la version originale mise en ligne ), Pierre Belon donc témoigne du caractère érotique de ces chansons populaires tout en rendant hommage à celui qui aura le mieux su imiter et magnifier leur chant, notre querelleux Clément.

- Une invitation à l'amour bien de saison en ce mois de May à travers un vocabulaire sans ambiguité et le jeu des assonances. J'ai vérifié l'origine des mots relatifs à l'amour charnel, ils sont tous antérieurs à Janequin qui par ailleurs était plutôt porté sur la chanson érotique. Ces phrases prennent tout leur sens coquin lorsqu'elles sont écoutées plutôt que lues. Voici le texte original tel que publié chez Pierre Attaingnant en 1528.



Vous interpréterez vous-même certains de ces vers ou certaines sonorités évocatrices( répétition de la phonème vi ) . Juste quelques précisions.

Le vers " Le petit mignon, saincte teste dieu " est à double sens.

Un mignon est au XVème un amant (et pas seulement un favori efféminé)  et on entend: " Le petit mignon, sein te tête d'yeux " . 

Le vers " Il est temps temps temps au sermon ma maîtresse " ( tends tends tends ô serre mon... ma maîtresse) est suivi à plusieurs reprise du mot saint qui phoniquement appelle le mot sein, les mots coquette désignent une galante, le verbe caquetter signifie se pavaner.

" A saint trotin voir saint robin " est un vers énigmatique, trotin désignant  les pieds d'une personne, robin un homme de robe. De toute évidence un conseil de prudence et de discrétion: l'apparition de certains pieds laisse présager de la robe qui suit...

" Montrer le tétin, le doux musequin " est sans ambiguité. ( Accessoirement la muse était la période du rut du Cerf)

" Rire et gaudir ( jouir) c'est mon devis ", là encore sonorité allusive.

Le Fouquet était un jeu en vogue à la fin du Moyen âge, en relation avec le feu. Rabelais en fait mention dans son Gargantua mais on sait aussi que le mot fol a été remplacé progressivement par le mot fou entre le XIème et le XVème siècle. La répétition du mot Fouquet finit par donner une inversion signifiante: Qu'est fou qu'est fou qu'est fou... Folie amoureuse? Ou allusion au tarot alchimique?
( suivez ce lien qui décortique Rabelais) Nous y reviendrons.
Cela n'a jamais été fait à ma connaissance mais la lecture à l'envers de certaines répétitions et juxtapositions de phrases réserve bien des surprises.


Le délicieux " Arrière maître coqu " ( coucou, prononcé cocu ) peut se lire aussi bien comme une menace à cet oiseau qui niche dans les nids des autres que comme ... comme vous l'entendez ;o)
La répétition coqu accelerando est elle aussi très allusive.

Mais on peut essayer

- Une troisième lecture, alchimique cette fois ci, et point aussi satirique que ce Concert dans l'Oeuf de Jérome Bosch



L'oiseau étant le volatile qu'il faut fixer.
La grive ( le roy mauvis) symbolise le commencement du voyage de l'âme.

Le Merle, oiseau noir ( comme l'Oeuvre alchimique du même nom ) et oiseau siffleur par excellence évoque le sifflement de tout métal porté au rouge.
En outre le mot se décompose ainsi : Mère ( Atahanor ou Mère de la pierre) traversé par la lettre L qui symbolise la foudre divine.

Les étourneaux donnaient leur nom  aux alchimistes se rendant de nuit en petits groupes à leurs réunions pas tout à fait secrètes

Le rossignol, oiseau des amours est aussi le symbole de la langue des oiseaux utilisée par les alchimistes, signifiant eros signal

Le reversement du mot Fouquet en " Qu'est Fou " indique-t-il que Janequin se comptait parmi les Alchimistes de son temps? On sait que le Fou (ou le Mat) dans le tarot, introduit en Europe en 1470,  indique celui qui a accompli le grand oeuvre.

La construction en quatre parties pourrait désigner les quatre temps de l'oeuvre alchimique:

Réveillez-vous coeurs endormis: purification
Vous serez tous en joie mis: Dissolution du sujet jusqu'à ce que ne reste que l'universel ( tous)
Rossignol du bois joli... Hors de nuit: solidification par l'amour vers l'aurification.
Fuyez fuyez pleurs et soucis: combinaison nouvelle, l'état initial étant enfui.

Précisons que selon Michela Pereira, " Dès le milieu du XIVe siècle, l'art  alchimique a connu quelques changements majeurs, qui touchent à son statut épistémologique ainsi qu'à ses stratégies rhétoriques. C'est justement à ceux-ci que se rattache, dans l'iconographie de l'alchimie, l'apparition de l'image du cœur. Encore faut-il préciser que cette image n'est pas à ranger parmi les métaphores d'origine biologique ou médicale, que l'on trouve employées dans les textes contemporains sur l'élixir, afin de représenter les procédés de l'opus. Le cœur illustré dans le cycle de l'Aurora Consurgens est plutôt le symbole de la quintessence, principe occulte qui gît à l'intérieur de la matière dont il est le centre vivifiant: dans cette qualité, il se situe à l'origine aussi bien des processus qui président à la formation naturelle des corps, que des moyens qui rendent possible leur transformation alchimique . "

On voit donc l'importance du mot coeur... au coeur de ce poème.


Le dernier couplet, très véhément dans ses répétitions recto-tono comme le sont les cris de certains oiseaux lorsque l'on dérange leurs occupations, s'en prend aux coucous.
S'agit-il de ces hommes de robe trompeurs dont on devine le trotin sous le robin, traîtres à un savoir séculaire obligé de se cacher pour survivre ?
On entend bien que Janequin, qui était un grand procédurier et qui mourut pauvre  à force de procès contre son frère,  désigne ici une ou quelques personnes qui tiennent mal leur chapître et pondent leurs oeufs ( philosophaux) sans qu'on le leur ait demandé.
La cour de François 1er, quoique celui-ci ait pris pour emblème la salamandre, ne s'entourait pas d'alchimistes et de mages. Pourtant ces derniers étaient très présents dans Paris, comme en témoigne cet ouvrage de  Zecaire en 1560. 
Alors...? Apologie de l'Alchimie ou tout au contraire, et sous des dehors qui lui empruntent la symbolique et la forme, charge virulente contre certains prêtres traîtres à leur foi et qui versent dans une quête que réprouve Janequin?
La probable conversion de Janequin sur la fin de sa vie à la religion huguenote, la tonalité générale de la chanson  et ce dernier paragraphe très violent font pencher vers la seconde hypothèse, et ce d'autant que selon le superbe dictionnaire de Godefroy mentionné plus haut relativement au fouquet, le mot " cocu " signifiait " cornu "  ( diable) et était associé au... chaudron.
Polyphonie subtile et construction rigoureuse, quasi mathématique avec cependant la légèreté et l'allant de la poésie, mises au service d'une polysémie extrêmement riche, voire cryptée mais dont l'élucidation reste hypothétique.
Je vous propose d'écouter cette oeuvre dans une première interprétation très classique  dont la pulsation très rigoureuse permet d'entendre - si vous m'autorisez de continuer dans le style grivois - les différentes parties et leurs frottements.
 
Le chant des Oyseaux


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/01LeChantDesOyseauxJanmp3.mp3



La version de ce Chant par l'ensemble Clément Janequin.
la voix  nasillarde du sopraniste me vrille les oreilles mais bon...
Elle présente d'indéniables qualités d'approche esthétique et historique

http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/01LechantdesoyseaulxM2.mp3






Les chansons de Janequin furent souvent transcrites pour instruments seuls
voici donc la version instrumentale pour orchestre de


La bataille de Marignan

dont Noël du Fail écrivait:

" Quand l'on chantait la chanson de la guerre faite par Janequin pour le grand François, pour la victoire qu'il avait eue sur les Suisses, il n'y avait celui qui ne regardât si son épée tenait au fourreau, et qui ne se haussât sur ses orteils pour se rendre plus bragard et de la riche taille."


http://s3.archive-host.com/membres/playlist/1543578952/BatailleJan.mp3



Par l'ensemble Clément Janequin
quelques extraits de chansons





6 commentaires:

Viviane Lamarlère a dit…


Ah ! Clément Janequin, le premier "grand" musicien étudié en classe ! Comme je m'en souviens encore, avec son réveil des oiseaux (mais tu dis que cela s'appelle "le chant" des oiseaux ?) et sa bataille de Marignan ! Génial, et amusant comme tout pour des enfants que nous étions. Mais j'ignorais les relations et l'alchimie, et ce que tu nous montres du Louvre à cette époque est super intéressant.
Commentaire n°4 posté par Valentine le 18/04/2009 à 10h54
Le Rappel des oiseaux est une pièce de Rameau, mais il est vrai que l'on est tenté étant donnée la première phrase d'appeler ce Chant des oyseaux: Réveil des oiseaux.
Je n'ai pas fini d'explorer les multiples incidences de ce texte et cette musique fabuleuse mais qui témoigne de l'art d'architecte de ce grand parmi les grands
Bisous Valentine et emrci!
Réponse de Russalka le 19/04/2009 à 10h51
Du coup, je dirais que cette page web est grandiose. Mais je ne m'arrêterai pas ilô...
Bravo Viviane !
Commentaire n°5 posté par Merlin le 18/04/2009 à 12h39
C'est adorable, Jean-Pierre, elle subira peut-être quelques légères modifications... sin internet très volatile lui aussi m'y autorise ;o))
Bisous
Réponse de Russalka le 19/04/2009 à 10h52

Viviane Lamarlère a dit…


Les offices de guide que tu proposes en ces terres dont j'ignorais tout m'ont permis (en plus de tout ce qui est intrinsèque à ton article) de découvrir des riches qui complêtent les extraits que tu proposes
avec par exemple
Ce vieux disque sur Gallica
Le Chant des oiseaux, 1e partie / Clément Janequin, comp. ; La Chanterie de la Renaissance ; Henry Expert

Une fois de plus, grand merci Viviane
Commentaire n°7 posté par Luc le 18/04/2009 à 21h25
C'est un double cadeau super sympa que tu m'offres là, Luc
d'une part un accès dans le dédale de Gallica où je 'nai jamais réussi à rentrer
d'autre part cette interprétation si émouvante qui s'ajoute ainsi aux différentes visions de l'oeuvre
merci de ce lien
Réponse de Russalka le 19/04/2009 à 10h56

Viviane Lamarlère a dit…

e trouve les deux derniers articles extraordinaires en ce qu'ils montrent bien comment et en quoi la musique de ces époques est à la croisée des chemins des arts et de la vie sociale qui suit son petit bonhomme de chemin.
Je suis convaincu de deux choses :
1) Cette musique est au départ au moins d'essence populaire et la veuze (vèze ou vesse suivant les lieux ou même la loure sont des instruments éminemment populaires et partout présents.
http://accel10.mettre-put-idata.over-blog.com/0/13/42/39/JP2/7066-Danse-des-paysans-Affiches.jpg

Cette scène paysanne avec danses et joueur de veuze central est révélatrice des goûts musicaux et des danses qui s'appelent parfois la loure (comme le nom de l'instrument qui met tout le monde dans le vent...
http://accel10.mettre-put-idata.over-blog.com/0/13/42/39/JP2/Pieter_Bruegel_d._-._016.jpg

Puis, par le biais des colporteurs de musiques populaires, les villes de Flandre, du centre de France comme Paris mais aussi d'Allemagne sont touchées et des artistes talentueux comme Clément JANEQUIN s'en emparent, y ajoutent des percussions, célèbrent les victoires du roi François Ier, du vécu sur le terrain. Et puis, là, je sens déjà arriver Michel PRAETORIUS avec sa palette de danses et de musiques qui inspireront plus tard, dans une veine proche, des "mathématiciens de la musique" exceptionnels comme J-S BACH et bien d'autres à suivre...
Commentaire n°9 posté par Merlin le 20/04/2009 à 21h46

Viviane Lamarlère a dit…

on commentaire me comble, Jean-Pierre car il ouvre des perspectives jubilantes et tout à fait dans la ligne de ce que j'ai envie de proposer relativement à l'histoire de la musique occidentale ( sachant comme je te l'ai dit par ailleurs que je ne laisserai pas de côté les autres musiques du monde mais en m'y attardant moins, c'est affaire à chaque fois de spécialistes et je connais bien moins la musique chinoise ou même africaine que celle d'Europe)

1) Cette musique est au départ au moins d'essence populaire et la veuze (vèze ou vesse suivant les lieux ou même la loure sont des instruments éminemment populaires et partout présents.

Oui. On manque certes ( quoique ces toiles magnifiques que tu nous offres soient un témoignage des plus parlants, je regarde le détail, c'est somptueux... ) , de traces écrites témoignant de la présence de cette musique. Mais on possède des documents qui, s'ils ne sont pas des partitions, nous disent que la musique était bien vivante dans nos campagnes et dans les milieux dits populaires:`

- les instruments eux-mêmes que sont ceux que tu cites ( toute l'immense famille des cornemuses ) et les vielles à roue. Mais également toutes les flutes, flageolets, fifres et tambourins qui sont les instruments sonnants que réclamaient les princes pour les accueillir lorsqu'ils rentraient dans une ville.

- Le mode d'exercice des instrumentistes professionnels d'alors dont on a de sérieuses raison de croire qu'il était bien plus proche de l'improvisation sans partition autour de thèmes connus ( donc de la pratique populaire) que de la reproduction d'un texte tel qu'on la connaît aujourd'hui ( sauf dans le jazz)

- les inventaires après décès que l'on retrouve dans les archives municipales aussi bien en France qu'en Italie et qui témoignent de la transmission d' un important patrimoine en instruments musicaux, fort différent selon les classes sociales. Instruments de peau ( veuze etc) , percussions, panoplie de flutes dans les couches paysannes et populaires, instruments de cuivre chez les musiciens professionnels, épinettes et instruments à cordes dans la bourgeoisie et chez les " grands de ce monde". Avec cette exception d'une sorte de violon qui était aussi bien joué dans les villages que dans les salons.

Viviane Lamarlère a dit…

On méconnaît l'importance des danses villageoises dans la genèse des suites de danses. Et l'on doit aux éditeurs français comme Attaingnant ou flamands comme Susato ( plutôt rhénan mais bon...) d'avoir littéralement collecté et orchestré eux-mêmes des danses populaires dans toute la France et toutes les Flandres en les classant par couples danse noble et lente- danse rapide et populaire. Ainsi de la pavane suivie de la gaillarde, le passepied suivi du bransle, la passacaille suivie de la loure ou du tourdion.
Il y avait chez ces éditeurs une envie de musique et une ouverture d'esprit, une connaissance des potentialités de cette musique non écrite qui lui a permis de survivre jusqu'aux bourrées et siciliennes de Bach. Et puis Paris et les Flandres accueillaient aussi bien la musique du Nord de la France que la leur et... celle d'Espagne et d'Italie! Quel creuset!

Cette scène paysanne avec danses et joueur de veuze central est révélatrice des goûts musicaux et des danses qui s'appelent parfois la loure (comme le nom de l'instrument qui met tout le monde dans le vent...

Tout à fait, la musique et son omni présence sur ces magnifiques toiles dit que le climat d'alors était tout de même festif dans les campagnes.
Surtout, le tableau dit la place centrale de la musique dans la vie sociale. J'espère trouver trace sur la toile de beaux extraits de l'Orchésographie de Thoinot Arbeau et des recueils de danceries de Moderne et Phalèse.


Puis, par le biais des colporteurs de musiques populaires,

La place des colporteurs dans la diffusion de la culture profonde ( celle qui reste ) est méconnue, je pense en particulier à la diffusion du livre plus tardivement.
J'ai encore souvenir de ce que me racontait mon grand père des colporteurs du Poitou qui autour du cou portaient aussi bien l'almanach que de quoi coudre ou plein de trucs... et assuraient le lien et l'information d'un lieu à l'autre.

les villes de Flandre, du centre de France comme Paris mais aussi d'Allemagne sont touchées et des artistes talentueux comme Clément JANEQUIN s'en emparent, y ajoutent des percussions, célèbrent les victoires du roi François Ier, du vécu sur le terrain. Et puis, là, je sens déjà arriver Michel PRAETORIUS avec sa palette de danses et de musiques qui inspireront plus tard, dans une veine proche, des "mathématiciens de la musique" exceptionnels comme J-S BACH et bien d'autres à suivre...

Viviane Lamarlère a dit…


Bien sûr, tout ceci va être approprié par les géants de la composition, mais ce qui est touchant est que ces danses ont survécu et j'ai souvenir d'avoir assisté en Aragon à des spectacles de danses traditionnelles, dont l'ami Jorge nous avait le soir même en une conférence improvisée (accompagnée d'exemples sur sa guitare ) décortiqué les liens avec la musique dite savante du XVème et XVème siècle. Ces danses allaient deux par deux, lente/rapide. Surtout, comme nous le faisait remarquer Jorge, ces danses avaient pu être diffusées depuis les couches populaires jusque dans les cours princières grâce à une modification ... des vêtements. Ils se firent dès le XVème plus légers, moins encombrants, permirent au nobles et bourgeois de ne plus se limiter aux seules basses danses ( très lentes et de pas glisés) mais d'adopter des chorégraphies sautillantes, riches de pas et de tours ( voltes) comme on en dansait dans nos campagnes.
Quand on parle de progrès de la musique, on pense surtout évolution dans la facture des instruments, on oublie de dire que la musique va avec l'évolution de l'habillement, de la pensée, de l'habitat. En ce sens ta phrase de début est tout à fait pertinente: A la croisée des arts et de la vie sociale... oui, mille fois oui.
( Tu me parles de Bach et de son édifice musical qui restera pour moi le sommet de la musique, même si je ne connais rien aux mathématiques je suis hypersensible à c equ'il a pu offrir qui soit à la fois sensible et rigoureux, j'y reviendrai...)

Merci Jean-Pierre de m'avoir ermis de commencer ce développemenbt auquel je tiens beaucoup.
Réponse de Russalka le 21/04/2009 à 15h32