mercredi 23 janvier 2013

Mystérieuse bretagne * 4 * L'île aux Moines, Golfe du Morbihan



Mystère de l'eau. On pourrait croire que sa surface changeante ne dit que l'absence de traces. Pourtant, à se promener sur ces rides qui, en d'autres temps plus obstinés, désagrégèrent la pierre et noyèrent les forêts, on touche de la pensée de profondes racines.

L
La petite mer, dont vous voyez ci-dessus une photo satellite, est un écrin  pour - selon les amoureux du lieu - trente ou quarante ou soixante ou trois cent soixante cinq îles et îlots.
Mais aussi un bijou bleu dans la chair bretonne.
Cette après midi-là, nous allons en faire le tour, désinvoltes de ce temps gris qui nous annonce un grain. Il aura lieu. Et sur la trentaine de touristes embarqués,  nous ne serons très rapidement que trois à rester sur le pont, affrontant un vent très frais et une pluie fine et pénétrante.
Michel que la pluie ne dérange pas,  ma voisine de banc  perdue dans ses pensées, et votre servante, davantage par orgueil et solidarité pour les deux autres que par goût pour l'humidité.


Nous laissons derrière nous la côte aux couleurs si douces  et  découvrons cet extraordinaire archipel intérieur. Aucune de ces îles de caractère ne ressemble aux autres. Et pourtant on perçoit, dans cet émiettement varié, comme une unité, un ancien secret venu au jour avec lenteur.
On raconte que les fées chassées de la forêt de Brocéliande versèrent tant de larmes que cela créa cette mer intérieure, dans laquelle elles jetèrent leurs couronnes de fleurs dont les plus grandes s'aventurèrent jusque sur l'océan. Belle-Île en Mer... pour ne citer qu'elle.

Plus proche de l'histoire, cette mer - qui est plutôt un estuaire ou un delta - est le résultat du lent travail des trois rivières qui s'y déversent, des vagues furieuses et du vent, des mouvements de terrain pour finir. Et ces plages de détente sont le sommet de très vieilles collines grâciées par l'océan.


A quelques rares exceptions, je n'ai gardé souvenir des noms que portent ces îles. Certaines sont propriété d'artistes ou industriels ( Yves Rocher) , d'autres assurèrent refuge à des confréries religieuses, d'autres minuscules sont encore  vierges et indomptables.  Celle dont la photo précède nous a plu pour le calme qui s'en dégage, les petits bosquets tranquilles, la réserve de surprises que l'on devine dans cette profondeur. 
Le bruit du moteur ne parvient pas à couvrir la tranquille majesté de ces îles toutes simples.


Soudain, surgi de nulle part, un immense arc-en-ciel . Et nous ne sommes plus certains de nos paroles. Traverserons-nous cette arche  vers ... un au-delà de la vie où tout commencerait?
Au loin, le goulet où  l'océan s'engouffre, de courants qui ne fabulent pas leur envie d'écraser, de mordre cette terre pourtant si accueillante.


Et la magie opère. De grise l'eau est devenue turquoise, allant puiser sa lumière dans un ciel  en victoire,  lavé de ses pensées.

La petite île Er Lanic attire notre regard. Réserve naturelle ornithologique, toute nimbée d'embruns, elle nous laisse découvrir ses  cercles de menhirs originellement disposés en huit mais dont la mer ne permet que le dévoilement d'une moitié .
Ses pierres blanches scintillent au soleil,
apparaissent, disparaissent, se laissant picorer par des oiseaux de mer. 
Et j'imagine d'antiques processions remontant la colline pour honorer le signe de l'infini, une cathédrale engloutie de ferveur sous les vagues.


Le tour du golfe ( en vérité de la moitié du golfe) dure deux heures. Nous occuperons les quatre heures suivantes à parcourir en bicyclette l'île aux Moines. Sur la photo satellite, c'est la plus grande des îles, en vague forme de croix ( ou de lézard comme on voudra... ). Environ neuf kilomètres de longueur pour quatre de large.
Promenade paisible sur faux-plat, maisons de pêcheurs basses, silence d'un lieu dont les voitures ignorent l'existence et où chacun circule à pied ou vélo, jardinets exotiques, murets nourris de sel sur lesquels poussent des plantes étranges et des fleurs délicates.



C'est lui que nous cherchons. Pour ne pas l'effrayer nous allons nous asseoir à quelques pas de lui, lancer quelques miettes de notre déjeuner aux oiseaux peu farouches qui se posent tout près. Puis caresser sa cuirasse que nulle barbarie ne semble vouloir atteindre.


Mais en quelques minutes, le temps tourne à l'orage.
C'est lui que nous cherchions
et qui, se levant nous donne le signal.
Nous reprenons nos montures . Il s'éloigne, tranquille.
Vieil animal de pierre, il sait les abondances qui vont tomber du ciel.

Sur le retour, le ciel, l'eau, la lumière semblent tout mélangés. Et j'imagine un monde en sa naissance, encore intouché de la bêtise humaine et de ses violences, ou chaque étoile perdue dans le lointain n'affecte rien des décisions, où chaque nuage vit sa vie loin des espaces rhétoriques.

Le ciel ici est partout, jusque sous notre peau



4 commentaires:

Viviane Lamarlère a dit…


Douceur des images, douceur des mots, douceur des nuances, quel régal.

Merci encore une fois de cette âme qui vit dans vos phrases.

Amitiés

Joubert
Commentaire n°1 posté par Joubert le 06/12/2008 à 10h54
Merci Joubert
en d'autres lieux on appelle cela de la gaspachade ;o)

pas grave, je suis contente que vous ayez aimé.
Ah au fait, j'ai bien reçu ce que vous savez... me reste plus qu'à lire
Réponse de Russalka le 08/12/2008 à 12h12
C'est vraiment très beau
autant dans ces photographies qui réconcilient momentanément mon daimon intérieur hostile à la captation des llumières (bravo Michel)
que dans le texte enchanteur et palpable à la fois.

Parmi d'autres bijoux
je retiens
que l'arc en ciel annonce ce qui est cause de sa mort
à savoir le beau temps
instant fragile qui n'est qu'équilibre instable
comme toute vie
et que je n'ai jamais perçu aussi clairement
que dans ton article.
Commentaire n°2 posté par le bateleur le 06/12/2008 à 11h01
Merci Luc, je dirai à Michel que ses photos ont une fois encore touché ton regard
il aiment une petite dose d'imprécision dans les images
(sourire)
et puis cet arc en ciel
appuyé sur le sel de la mer et la pierre du temps
tout à la fois seuil et voyage
merci de l'avoir reçu ainsi.

( pardon du retard à répondre, les enfants viennent de repartir tout juste
ce furent des temps riches et pleins de joie, de silences complices, de rires du bébé, de discussions aussi)


Réponse de Russalka le 08/12/2008 à 12h10

Viviane Lamarlère a dit…


C'est une pure merveille que ces images portées par tes lignes.
J'ai envie de partance...
Commentaire n°3 posté par Marianne le 06/12/2008 à 11h37
Merci Marianne
j'adore le mot partance
il est pour moi associé aux voiliers de mes rêves d'enfance
aux cris le long d'un quai
qui parachèvent la voilure et rameutent le vent
Réponse de Russalka le 08/12/2008 à 12h05
Je ne connais pas le golf du Morbihan, un de mes fils m'en a dit que du bien et m'a promis de m'y amener mais quand ? Je crois que je vais" l'embêter" maintenant que j'ai vu ces magnifiques photos( rires) . Bises Viviane
Commentaire n°4 posté par aimela le 06/12/2008 à 12h37
Embête le , tu passeras de merveilleux moments
dans un air dont les parfums changent au gré des chemins empruntés
sous un ciel qui ne cesse de nous y émerveiller tant il est créatif de figures et de nuances où la pensée trouve refuge
Bisous et à dans quelques jours toi aussi, pardonne le retard à vous lire, j'avais du monde à la maison.
Réponse de Russalka le 08/12/2008 à 12h04

Viviane Lamarlère a dit…


Je n'ai pas le temps de lire vraiment, je parcours en diagonale, une bousculade jusqu'à la fin du mois. Je voulais dire simplement que l'eau est un diamant dans lequel j'aime me tremper.
Commentaire n°7 posté par lutin le 06/12/2008 à 22h41
Et ton amitié de l'eau , comme je la partage
surtout celle des ruisseaux en montagne
leur chants sur les plaies larges des pierres
ou des lacs
j'aime moins la mer en furie
ou alors bien à l'abri (sourire)
merci Lutin, moi aussi très très occupée en ce moment, mais d'ici à deux jours, un peu de calme revenu.
Réponse de Russalka le 08/12/2008 à 11h57
Magnifique voyage, si bien conté, si bien rapporté en images... et dont on profite somme toute paisiblement sans se mouiller.
Commentaire n°8 posté par Valentine le 07/12/2008 à 22h00
Tu es adorable Valentine
mais toi qui connais bien cette région, je te réserve d'autres surprises dans les semaines qui viennent car nous en avons exploré des recoins cachés et sublimes...
Réponse de Russalka le 08/12/2008 à 11h55

Viviane Lamarlère a dit…


Le Morbihan que j'aime comme ma Normandie. Tu as eu le temps d'écrire et de concocter toute cette féérie de pierre, d'eau de mer, de fleurs et d'arbres de là-bas ?
Moi, je prends des notes et je fais manger du foin aux ânes dans mon village. Si, des carottes aussi.
Tu as même eu le temps de monter dans le satellite. J'adore Google earth. Je le prends pour aller au dessus de Londres de Nantes et je fais comme le Père Noël : je rends visite à tous ceux que j'aime et je surveille la Forêt de Brocéliande. Comme Dieu, je suis bien obligé de m'adapter à cette modernité et ainsi, je fais la nique aux Djinns et aux Farfadets malins en bon petit Goublin que je suis resté.
Feel zen !
Commentaire n°13 posté par Merlin le 10/12/2008 à 12h28
J'ai essayé, étant donné le peu de temps dont je dispose ces derniers temps...
Le Morbihan, c'est notre petite Mère à nous, Babouchka.
Faire manger du foin aux ânes, c'est presque un projet politique il y a de quoi faire!
je ne suis pas fan de tout ce qui nous surveille d'en haut et plus bas, mais il est vrai que voir ce merveilleux paysage et revivre un peu plus tard notre équipée en suivant du doigt sur la photo les tours et détours du bateau, c'est plaisir.
merci Merlin des Sat Élites
Réponse de Russalka le 10/12/2008 à 19h02