mercredi 23 janvier 2013

Mystérieuse Bretagne * 8 * Lumière de Pont-Aven
















Si vous avez vu le superbe film de Kurozawa, " Rêves "  peut-être vous souvenez vous de l'un des courts métrages qui le composent. On y voit un touriste contempler une toile de Van Gogh, les corbeaux dans un champ de blé.  Longue contemplation. Soudain, alors même que son immobilité silencieuse nous hypnotise déjà, il saute dans le tableau et nous transporte de toile en toile en une quête de ces oiseaux de chair et d'ailes, aux blés courbés sous un vent d'orage. ( un bel extrait de ce court métrage)

J'ai toujours rêvé de rentrer dans la réalité de la toile de Gauguin qui se trouve ci-dessous. Mais rentrer dans une toile doit être un  rêve commun à tous les amoureux de peinture:




D
e mon enfance africaine en des lieux desséchés par le vent ou au contraire  constamment aveuglés d'eau, j'ai gardé le goût des paysages colorés que l'on retrouve dans cette toile mais aussi l'espérance de ce qui coule sans violence, des rus de montagnes aux notes fraîches ou des eaux qui dorment.

Des moulins je ne connaissais que ceux qui illustraient mes livres : moulins à vent hollandais bien campés sur leur sol et entourés de tulipes, moulins de la Mancha espagnole à l'héroïsme chaulé que traversait quelque lance folle.
C'est Paul Gauguin qui me fit découvrir les moulins à eaux. Et ce jour-là, c'est une superbe roue qui nous accueille à Pont-Aven.




Je ne m'aventurerai pas à vous dire qu'elle est d'époque, mais les fleurs sauvages qui poussent en son voisinage répandent une lumière telle que je me demande soudain: Comment vit-on en cet endroit, constamment ébloui ?

Le ciel a beau être voilé, il règne alentour une luminosité jamais rencontrée ailleurs. Et on comprend, déambulant dans ce délicieux village, que les peintres l'aient choisi. Le regard ne peut être, ici, qu'ouvert aux strates du monde et le corps et l'esprit apaisés par le silence. Il est vrai que nous étions en basse saison : mois d'octobre...







De ces tableaux peints pas Gauguin durant sa période bretonne je vais chercher, chercher sans relache d'une rue à l'autre le long de ce ruisseau le lieu où il se posait.
Peut-être l'ai-je enfin trouvé dans ce recoin plein de charme qui devait être autrefois ancré sur une Bretagne  moins urbanisée.













Que de similitudes entre la photo et la toile. Dans les mouvements infimes des feuillages,  le lait du ciel, l'arrondi des buissons , la palette complexe des nuances et ce que l'on devine de tranquillité.

C'est là que je mesure la chance de vivre dans un bourg et non dans ces lieux construits à outrance, voleurs de toutes les soifs. Et puis, le luxe suprême qu'est le temps que l'on peut s'accorder ainsi, à méditer devant la geste claire ou sombre d'une nature encore épargnée et surtout, un habitat à mesure humaine.
En une époque où tout est objet de profit, même l'existence, pouvoir accueillir les instants qui nous sont offerts sans penser à plus loin donne le sentiment d'être relié à soi et au reste du monde.

Un peu par hasard, traversant l'Aven, nous rencontrerons un bel escalier à la déclive douce. La verdure un peu folle qui le borde, son dessin d'hélice lente nous annonce  notre dernière rencontre avec ce pays de Bretagne. Elle est prévue pour le lendemain...




Mais chut... Il faut garder encore un peu de mystère !




 

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