vendredi 11 janvier 2013

Paroles








Chaque jour je ressens davantage
écrivant
une exigence sourde à retenir mon geste
et le fruit traversant jusque la page vierge
me mord de n'être mûr.

Ecrire. Donner. Paroles de désir de
lampes
où la terre faiblit. Paroles sur le seuil

Non pas la clinquante matière
ou la note orpheline qui déroule un pas vide
au hasard de la phrase

Mais
Paroles
de failles et ravins
l’enfant nu d’une voix élargissant la nuit
le souffle profond qui tremble
où mot se lève
portant sur ses épaules un début de voler

Paroles surgissant de l'anneau sans mémoire

*****






Commentaires
Cela se nomme " l'exigence ". Rare vertu. Très beau poème ciselé et de sens.

Amitiés,

Joubert
Commentaire n°1 posté par Joubert le 12/06/2008 à 19h49

merci, Joubert. c'est ce qui me fait cent fois remettre sur le métier et la cent-unième... jeter à la poubelle ;o)
Réponse de Russalka le 13/06/2008 à 11h31

Que c'est beau...
"Portant sur ses épaules un début de voler"
et
"l'anneau sans mémoire
de nos lèvres"
Commentaire n°2 posté par Valentine le 12/06/2008 à 21h19
Adorable Valentine, merci d'avoir sorti du poème deux des trois phrases qui m'y plaisent le plus
c'est ainsi que je ressens de plus en plus l'acte d'écrire.

Réponse de Russalka le 13/06/2008 à 11h


Parole, paraula, faribole tout cela n'est que paraboles après tout !

Je t'offre ce délicieux morceau de Prévert extrait de "Paroles" :

ET LA FÊTE CONTINUE


Debout devant le zinc
Sur le coup de dix heures
Un grand plombier zingueur
Habillé en dimanche et pourtant c'est lundi
Chante pour lui tout seul
Chante que c'est jeudi
Qu'il n'ira pas en classe
Que la guerre est finie
Et le travail aussi
Que la vie est si belle
Et les filles si jolies
Et titubant devant le zinc
Mais guidé par son fil à plomb
Il s'arrête pile devant le patron
Trois paysans passeront et vous paieront
Puis disparaît dans le soleil
Sans régler les consommations
Disparaît dans le soleil tout en continuant sa chanson

Une 'tite ressemblance avec "Chanson pour les enfants l'hiver" du même Jacquot...
Commentaire n°4 posté par Merlin le zeteticien le 12/06/2008 à 21h59

C'est joli comme tout et j'adore Prévert. Je te prépare une surprise dans les jours à venir sur un thème qui t'est cher
mais tu as raison, tout cela ne sont que mots
la vie c'est le soleil
la vie c'est les lundis qui succèdent aux dimanche
la vie c'est les chansons aux tous petits enfants
bisous Merlin


Réponse de Russalka le 13/06/2008 à 11h37


"Paroles surgissant de l'anneau sans mémoire"

c'est exactement cela
et si nous les écrivons
ce n'est que pour en retrouver l'empreinte
et les relancer par cette porte à la forme pleine

Cette exigence
dont tu donnes ici le contour
est celle de la vie elle-même

Commentaire n°5 posté par le bateleur le 12/06/2008 à 23h27


Tu as choisi toi aussi l'un des vers qui me plait le plus. Si je te disais que ce poème, je le porte en moi depuis six mois
l'ai travaillé travaillé
jusqu'à trouver ce qui dirait le plus l'inquiétude de faire renaître à travers mots la vie
le besoin de lenteur à écrire qui est chaque jour plus présent
la jouissance d'avoir enfin trouvé l'empreinte
l'approche lente et quasi amoureuse
celle de la caresser, mémoriser sa forme
enfin l'abandonner à regret ( presque) en sachant que les mots une fois surgis seront comme morts jusqu'au prochain regard

Merci Luc
Réponse de Russalka le 13/06/2008 à 11h43

"le souffle profond qui tremble"
C'est l'enfant intérieur qui renaît à l'existence
Et l'adulte s'ouvre à la parole de la vie.



Commentaire n°6 posté par claude le 13/06/2008 à 19h34
Tu as tout à fait raison, Claude,
l'enfant intérieur et vierge à la parole
l'insu.
Réponse de Russalka le 14/06/2008 à 10h53
Page blanche

...
Reste avec moi mon amour pour le début de la phrase dictée au futur, en hytallique elle prend la pose d’un devenir, le vent entraîne le mot amour au-dessus de l’horizon. C’est une question de vie ou de mort ce mot sur la page silencieuse.

Et je remplis la page comme le peintre étale sa peinture sur la toile, guidé par les sentiments le poignet ne ment pas. La fleur dépose son point, le papillon met l’accent sur la lettre. La force est dans le trait, elle vient du cœur mon amour quand ses pas se déplacent sur la moquette rouge.


Tiens-moi la main mon amour, notre chambre est un grimoire, une autobiographie à quatre mains enlacées pour mieux tenir la plume. L’encre séchée laisse une odeur incrustée sous la peau, des pastels au mur tels des nus dans le miroir signent notre dédicace, le fusain trame un couple, la sanguine pointe son nez quand les lèvres se touchent.

Il est presque l’heure de tes pas dans l’escalier, mes doigts se bloquent sur le clavier, j’écoute le silence, j’attends ta main sur la page blanche, tes yeux sur mes doigts pour me dicter ce que je ne sais pas encore, des levers de soleil.
Commentaire n°7 posté par lutin le 13/06/2008 à 21h34

C'est superbe, est-ce une impro libre à partir de mon petit texte? cela me confond d'admiration pour le lyrisme et la tendresse qui s'en dégagent.
Non, il n'est nul besoin d emiroir quand on s'aime
et je devine à travers mot l'enfant à naître, si singulier
d'un singulier amour
tout projeté vers demain.
ou quand l'écriture se fait corps
quand le matériel du peintre prépare une transmutation

Quelle sensualité dans cette invite à écrire... la vie. Merci Lutin de cette belle page

Réponse de Russalka le 14/06/2008 à 11h02


Ohhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh LA RAVISSANTE VOIX !!!

Oh Viviane !!!

Que de beauté, c'est exquis. Sincèrement.

Wow.

Merci.
Commentaire n°11 posté par joye le 24/06/2008 à 14h58
Oh le déliciiiiiiiiiieeeeeeeeeuuuuuuuxxxxxxx commentaire  (rires) Joye!
tu es adorable, je viens te voir demain, car ai mille choses à remettre en ordre dans ma maison, en tout premier ma classe qui avait besoin  d'un  sérieux coup de neuf...
Réponse de Russalka le 24/06/2008 à 18h11

La maïeutique du verbe : la forme tend vers la perfection. L'exigence du mot et du rythme pour que le sens ait un cadre qui ressemble à ce qu'il voudrait dire à ceux qui voudraient bien comprendre.
C'est très beau et émouvant comme une naissance ou peut-être une re-naissance. Tout le sens du travail et de la maturation lente et sereine !
Bravo !
Commentaire n°12 posté par Merlin le zeteticien le 24/06/2008 à 22h39
ET merci à toi, mon Enchanteur d'avoir relu ce petit texte, il est très ressenti en ce moment où je m'éloigne à chaque fois davantage des blogs pour me rapprocher de la page papier
peut-être parce qu'elle procède d'une technologie plus dans ma nature?
Tu me le diras ou Susan Blackmore ;o)
Bisous
Réponse de Russalka le 25/06/2008 à 09h02


C'est très beau Viviane et ta voix superbe rend ton poème plus merveilleux encore. Bises
Commentaire n°16 posté par aimela le 26/06/2008 à 20h52
Merci Aimela, tu es adorable, je vais essayer de me lancer dans la contrainte autour du nombre Pi, pas sur que j'y arrive aussi bien que toi.BisousRéponse de Russalka le 27/06/2008 à 15h28


La dernière image
ce cercle par lequel s'échappe ou se révèle le poème
est d'une force tout à fait saisissante
et résume bien cette interrogration qui sonne à travers ton texte

René Daumal avait cette exigence poétique
n'écrire que ce qui est !
et que tu maintiens ici en drapeau
Commentaire n°17 posté par le bateleur le 26/06/2008 à 23h17
Merci Luc, et de comparer à ce poète que tu chéris entre tous
me fait rosir de confusion.

c'est sans doute cette exigence qui explique que je poste ... un peu moins ces temps ci,
besoin d elaisser mûrir.
Pardonne le retard à répondre, une panne de serveur chez nous
tout est rentré enfin dans l'ordre
!
Réponse de Russalka le 27/06/2008 à 15h29

Parfois le désir de poème est poème
et ici c'est ce qui se déroule de ton appel
j'aime toutes ces images que tu donnes
et qui nous montrent le ciel
ce ciel intérieur où nous pouvons parfois voler
Commentaire n°20 posté par Le bateleur le 07/02/2009 à 19h50
merci Luc du commentaire poème

...

Oui, le plus beau des poèmes
c'est celui que l'on n'écrira jamais
qui laisse le silence à son grand corps sans images

Réponse de Russalka le 08/02/2009 à 19h33

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