jeudi 10 janvier 2013

Sibélius, Andante lirico

 





Hier au soir, dans une grande église perdue au fond de nos campagnes, à Monségur, l'Orchestre de chambre de la Gironde nous a donné un merveilleux concert.

Cet orchestre âgé de vingt ans est dirigé depuis 1991 par un jeune chef Américain, Scott Sandmeier, et je dois dire que nous avons été très nombreux ( l'église était comble) à apprécier tout autant le raffinement des oeuvres programmées que l'élégance de leur mise en place.

Interprétation parfaite, dans un programme brillantissime qui nous a permis de déguster entre autres mets délectables, le
redoutable et joyeux quintette pour clarinette op. 34 en Si bémol de Weber, oeuvre de dimensions quasi symphoniques interprété à l'instrument titre par un jeune artiste très prometteur: Julien Laffaire.


Des oeuvres de compositeurs tout à fait injustement méconnus et dont je ne trouve pas de trace sonore comme Karl Böhm ( 1844-1920) , à ne pas confondre avec son homonyme chef d'orchestre ou Carl Nielsen qui est tout de même considéré comme l'un des plus grands compositeurs Danois.

Surtout,
Jean Sibélius, compositeur Finlandais dont je reparlerai quand l'heure en sera venue dans ma chronique d'histoire de la musique. Ce que je vous offre d'écouter aujourd'hui est sombre parfois, romantique toujours, riche de ces grands espaces où il vivait et des sagas  tenues à bout de lèvres depuis la nuit des temps.

Les interprètes et le chef nous ont d'ailleurs avoué que c'était, de leur programme de cette année, l'oeuvre dans laquelle ils se sentaient le plus à l'écoute d'eux-mêmes et nous les sentions en vérité suspendus à leur son, ouverts de tout leur être à ce qui surgissait de leur groupe sonore, engagés dans un don total.

Sibélius a composé cette oeuvre en " collant " les impromptus pour piano n° 5 et 6.

Elle est distribuée en trois parties. La première est construite sur de longues phrases lentes aux notes soutenues, dans un registre mélancolique, auxquel les trémolos légers et les nuances en soufflet donnent une couleur tout à fait dramatique et questionnante.

La partie centrale se poursuit sur une valse qui ne réussit pas malgré son tempo assez enlevé à perdre le caractère très nostalgique qui est sans doute l'empreinte
poétique de toute l'oeuvre de Sibélius. L'accompagnement en pizzicatti avec sourdine,  les césures en milieu de phrases, le caractère obsédant des répétitions donnent un sentiment de quête sans fin dans de vastes espaces enneigés et ce en dépit de la formule très intimiste de l'orchestration pour chambristes.
Puis revient le premier mouvement.

Depuis hier j'écoute cela en boucle les larmes aux yeux... Pourquoi cette oeuvre me touche-t-elle autant? A qui parle-t-elle en moi, dont je ne sais le nom, l'amour à jamais perdu que l'on ne cesse de chercher? L'entame en demi-tons des phrases musicales résonne avec tant de force...

Une peinture, une sculpture peuvent me toucher avec la même puissance mais elles ne me laissent pas devant ce prodigieux mystère qu'est la création musicale à laquelle je ne trouve qu'un équivalent: la Pensée.

Recevez à votre tour cette mélodie d'une extraordinaire simplicité, sans effets gratuits, mais qui va droit au coeur et à l'âme.


             





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