mercredi 9 janvier 2013

Susan Boyle ou la diversité contre l'excellence




Une co-production de Merlin et Viviane



Notre société occidentale traverse une incontestable crise des valeurs.


Alain  Finkielkraut
dont la mauvaise humeur chronique n'a d'égale que la très ancienne et fine analyse des raisons de la décadence de nos sociétés disait déjà il y a quelques années : " En lançant la diversité à l'assaut de la hiérarchie des valeurs, le progressisme idyllique détruit la société aussi sûrement que le cynisme capitalistique." Il disait également: " La banalité est ineffaçable".


Aujourd'hui et afin de survivre, le capitalisme, dans son empressement hypocrite à courber l'échine devant des penseurs d'opérette, paie de son plein gré une rançon au progressisme idyllique et à son idéologie multiculturaliste afin de poursuivre tranquillement ses basses oeuvres de destruction du sens, l'autorité étant remplacée par la domination,  l'abêtissement des foules programmé dans les écoles et l'apologie de la différence devenant une valeur en soi !


Il y a quelques semaines naissait à son public une voix.

Susan Boyle, choriste dans une petite chorale provinciale, talent en or comme il en existe partout et hors les circuits de la promotion corrompue, offrait à son public dans le cadre de ce qui était autrefois le radio crochet (et est devenu une entreprise de fric) offrait donc sa voix au velouté magique, son legato parfait, sa technique instinctive, naturelle et sans défaut.


Bien sûr, elle marche hors sentiers battus par les médias friands d'anorexie mentale et de voix fluettes mais nées dans la graisse.

Elle est un corps, une voix et un  coeur, elle en possède pour deux et même mille et bien davantage car ce qu'elle représente, ce sont tous les talents oubliés dans nos campagnes, tous les anonymes à qui jamais ne sera donnée aucune chance.


Cette chance elle a su la saisir.

Hélas, immédiatement les médias ont souhaité la faire rentrer dans leurs clous, qui ne sont que de passage.


Et le verdict affligeant qui a consacré lors de la finale un de ces groupes de hip-hop dont existent des millions d'exemplaires un peu partout ( celui de notre bonne ville de Langon aurait tenu la dragée haute au groupe Londonien sacré contre Susan Boyle, tant du point de vue du talent que de leur arrogance qui est à vomir) me pose quelques questions.


- Lorsqu'une société en arrive à confondre le talent et l'appartenance ethnique, et qu'elle distribue les récompenses en fonction de la couleur des artistes, est elle encore en possession de cette faculté de juger dont parlait Emmanuel Kant? Nous sommes tous métisses ou créoles comme on voudra, c'est à dire HUMAINS et cette apologie du multiculturalisme est un combat d'arrière garde.


- Depuis quand le fait de se réunir entre blacks, blancs et beurs est-il en soi un label de qualité artistique?


- Un concours qui juxtapose des prestations de solistes et des prestations collectives est-il encore un concours qui laisse sa chance à chacun?



- Il est en tous lieux des artistes de génie. Pianistes noirs tels Oscar Peterson ou Ahmad Jamal, métisses tels Keith Jarret, turcs tels Fazil Say, français tels Jacques  Loussier ou espagnoles telles Alicia de Larrocha,  cantatrices françaises telles Véronique Gens, Egyptiennes telle Oum Kalsoum, Africaines telles Myriam Makeba. Des poètes de toutes nuances tels Gabriel Okoundji qui publie ses poèmes en français, en Congolais et en Occitan. Le talent n'a pas de couleur, le talent est le talent.

Le commun dénominateur de ces créateurs ou artistes est leur humanité sans cesse en travail.


- Quelle est cette peur nouvelle qui,  à la voix pure au legato parfait, à l'engagement de tout l'être en solo  comme l'a offert Susan Boyle, incline jury et public à lui préférer cette " musique urbaine ", sa chorégraphie mille fois donnée, ses costumes criards, sa violence sous jacente, sa musique hideuse et sans âme et ses gestes hachés de danseurs approximatifs?

Qui a un jour assisté à un spectacle du cirque de Pékin aura reconnu là une bien médiocre imitation de leurs jubilantes pyramides humaines.

Qui a vécu en Afrique aura constaté, apitoyé, une pâle copie des danses rituelles jouées par les enfants dans tous les villages de ce continent.
Car le Hip Hop n'est que la dégénerescence urbaine exportée en occident de danses sacrées africaines. Le hip-hop s'est approprié la coquille vide de danses destinées originellement à canaliser la violence collective et en a fait une danse d'exhortation à la violence.


- Nos citadins auraient-ils à ce point là la trouille de leurs banlieusards qu'ils leur fassent l'aumône d'un prix et d'une ovation? Tellement rassurant de leur faire croire qu'ils sont intégrés ou intégrables... Pensent-ils en applaudissant un groupe dont la prestation est plus que banale calmer la fièvre de ceux qui rongent leur frein aux portes de leurs quartiers et se seraient reconnus dans cette médiocrité ? Quelle stupidité doublée de mépris et de courte vue... j'y lis un racisme tout aussi sournois que celui qui consiste à évincer une provinciale parce qu'elle est de surcroît blanche.


Si les beaux quartiers doivent être détruits par les banlieues, ils le seront et ce ne sont pas des actes symboliques qui atteignent directement aux valeurs esthétiques qui les en empêcheront.

Que dire des noirs ou autres ethnies rejetées dans les quart de finale de ce concours parce qu'ils se présentaient seuls avec courage, porteurs du flambeau, non de leur couleur de peau mais de leur talent?


- Dernier point. Nos citadins seraient-ils à ce point formatés à la pixellisation du monde que le legato de la vie, ou d'une voix leur est devenu inaccessible?

On comprend mieux alors que ce qui reproduit  l'esprit ( ?) le rythme, les couleurs sans nuances, les gestes sans vie et la violence téléguidée des jeux vidéo les aient davantage touchés que l'humanité aimable et offrante de Susan Boyle.



J'ai le sentiment de vivre dans un siècle où les idées deviennent folles. Où la vérité ne vient plus de la réflexion mais de l'avenir et des peurs qu'il génère.


Dans cette joute au verdict honteux, la ville a récompensé ... la ville et ses abords.
Cette forme insidieuse et sournoise de racisme anti-blanc et anti-province professée par les blancs eux-mêmes trouve sa source  aux conséquences incalculables  dans une repentance organisée par les pouvoirs en place.  Et pourtant... Blanc, noir, jaune, brun, rouge, nous sommes tous humains et se détester soi, c'est détester l'autre.


Cette repentance et ses actes ( pas gratuits ) et niais, voire nuisibles,  la descendante de Cheyenne que je suis, dont le peuple a subi un génocide oublié,  s'y refuse de tout son être. Je ne me sens pas responsable du génocide des noirs organisé par les hordes musulmanes sur l'Afrique. Je ne me sens pas responsable du génocide organisé par les marchands d'esclaves blancs avec la complicité des chefs de villages africains. Je ne me sens pas responsable des crimes commis par les troupes d'Attila sur l'Europe.
Et je ne veux pas que mes enfants vivent dans une région du monde où l'on culpabilise chacun pour des crimes commis par d'autres en d'autres siècles.

Je ne veux pas assister silencieuse au sacrifice de la beauté sur l'autel de la médiocrité et de la diversité comme valeur esthétique.

Je ne veux plus que le mérite, le talent, le travail personnel, la recherche de l'excellence pèsent moins dans la balance que le clonage ad infinitum des machins à la mode.

Basta !



Que l'on n'oublie pas, il pourrait bien y avoir un autre scénario que celui de la destruction des villes par leurs lisières coléreuses.Les révolutions sont toujours parties des campagnes. La veulerie et le cynisme de ceux qui vivent dans les cités, qu'elles soient riches ou pauvres, pourraient bien un jour proche se retrouver toutes deux au sommet d'une pique ou d'une fourche. En tant qu'artiste j'en porterai une et gare à qui se trouvera en face. Que cesse la violence et l'excès de cet encensement communautariste, que l'on retrouve le chemin de notre commune humanité et la paix viendra.

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