mardi 15 janvier 2013

Tamel, Violence

 

Damousse et Chana savaient que leur tâche serait rude. Le coeur de Tamel pouvait être aussi râpeux que large et ses colères laissaient toujours des traces visibles sur le village des Hules.

Pour l'heure, il était réfugié sous un rocher que coiffaient des herbes sombres et luisantes comme des algues. Il boudait ...


Quelques jours plus tôt, Damousse l'avait considérablement agacé. Elle s'était amusée à transformer en cygne un vieux coq au plumage miteux mais à l'orgueil intact. Piqué au vif devant ce talent naissant qui entamait sa si chère différence d'avec le commun des hommes, Tamel s'était vengé toute la journée en tirant sur l' ombre des passants jusqu'à les faire trébucher.


Cela n'avait pas été du goût de chacun et bientôt, une grande clameur de colère avait couru dans les ruelles du village des Hules.


Tamel ne manquait pas d'arrogance parfois. Après avoir provoqué maintes écorchures et foulures à tous ceux qui l'aimaient, ne le vit-on pas expliquer aux uns et aux autres que leur aigreur envers lui construisait autour d'eux des murailles que ne pourraient plus traverser la chaleur de l'échange et celle du partage? Qu'il leur fallait apprendre à cicatriser aussi vite que l'enfant ? Et que tout cela était finalement de la faute de Damousse... L'ascendant du verbe, que Tamel possédait  au plus haut degré, laissait chacun interdit et presque sans défense... Cet enfant ne comprendrait-il donc jamais que ses facéties et sa science de la parole, souvent fondée sur des prémisses boiteuses, créaient de vraies souffrances et qu'il accusait, dans le fond, les autres, de ses propres errances?


Sans doute une de ces bizarreries liées au partage de pouvoirs tout neufs entre Tamel et Damousse, au fur et à mesure que les Hules baissaient la nuque, résignés, sous les fortes paroles du jeune garçon, leurs maisons de pierres larges et lourdes se laissaient couler sur leurs fondations. Les blocs étincelaient quelques instants dans le soleil couchant puis se fichaient dans le sable, immobiles à jamais.


- Tamel! cesse de faire payer à nos familles mon envie de jouer un peu! je ne recommencerai plus, promis, mais rends-leur leurs maisons.

...



Depuis quelques jours le village des Hules semble avoir subi une guerre venue du ciel. Ses habitants ne trouvent plus chaleur que blottis à la nuit tombée les uns contre les autres dans la muraille invisible et tendre de leur écoute mutuelle. Et contre toute attente, cela les rend joyeux.

Sous son rocher, Tamel construit patiemment, avec l'aide des pierres qu'il appelle les unes après les autres de la forêt voisine, la muraille même qu'il raillait chez ses frères. Se punit-il ou boude-t-il? Se complait-il dans une fausse idée de sacrifice?

Oui, pour Chana et Damousse, la tâche serait rude...


Aucun commentaire: