samedi 2 février 2013

Allumer le feu


Lorsque l’hiver est là

j’aime rentrer le bois qui se trouve derrière la
maison
laisser sécher au salon ses parfums ses humeurs

la pièce est assoiffée elle boit tout en quelques heures


Les bûches sont à point

je me sens toute perdue

est-ce que je sais encore allumer un feu?


Je ne sais pas pourquoi

depuis toujours

regarder le feu mordre le bois

glisser entre coeur et peau ses aussières orangées

baiser licher l'écorce retrousser intrépide son aumusse la faire voltiger se tordre et s'encendrer

cela me bouleverse

je ne sais pas pourquoi c'est oublié

mais une chose babille au fond

une sorte de joie qui surgit en même temps que l’inquiétude
d’avoir oublié le
comment

du feu


Je commence toujours par nettoyer le foyer de la dernière cendre

ma grand mère conservait toute la cendre de l’année et l’utilisait pour laver les draps qui n’en étaient que plus blancs

pose des vieux papiers journaux torsadés

quelques fagots de petit bois

ce qui me tombe sous les doigts et enfin

enfin

les trois bûches


( il vous manque ici le bruit plein de soucis que fait l’édifice instable jusqu’à ce qu’à force de chercher les encoches le tout se cale )




Alors c’est comme un sauvetage

le cœur bat à gauche à droite au milieu presqu’à sortir du corps

la fumée se fait plus grise comme pour dire " Moi aussi

je suis donc je pense! "

des petites étincelles rejaillissent du foyer

quelques flammes semblent renaître

suppriment joyeusement de toutes petites bêtes

certaines trouvent encore à s'enfuir

une prière animiste pour elles

ainsi va la vie...


Détestation de l'été ses chaleurs imposées

passion pour l"hiver ses froidures stimulantes

sacrifier au rituel

voir le papier se tordre se gauffrer se soumettre

flâner entre tous les oublis qui pourraient avoir conduit à l’échec

il m'est arrivé tant de fois de n’avoir pas réussi à allumer le feu et je n’en ai tiré aucune leçon

à chaque fois c’est familier et distant

une seule et même chose à dire

mais on ne sait pas dans quel ordre


Quand le feu a pris et que la flamme rentre jusque sous ma peau

tenir le plus longtemps possible tout près

cuisson des joues

reculer car c’est insupportable

s'éloigner mais tout près

au cas où il s’éteindrait

souffler avec mon grand bâton percé d’un trou brûlé à chaque extrémité

l’erreur est de chaque instant je ne m'en sers jamais de la même façon

à chaque fois les lèvres teintées au charbon de bois


Pas besoin de regarder l’enfer à la télévision

il me suffit de faire un feu

les angoisses ancestrales remontent dans ma chair et allument la mémoire

tenir le monde au bout du souffle au bout des mains

 

Danse rituelle du feu de De Falla



1 commentaire:

Valentine a dit…

Ah ! Que de vérité !! J'adore.