samedi 9 février 2013

Charpentier, air de Louise: Depuis le jour...





Aujourd'hui j'ai envie de vous offrir un air d'opéra aimé entre tous, celui qui entame le troisième acte de Louise, oeuvre de Charpentier, Depuis le jour,  dont voici les paroles.


Il fait partie de ma jeunesse. Découvert sous la voix de Pilar Lorengar, je n'en ai jamais entendu ailleurs que chez elle la passion merveilleuse et ingénue qui en parcourt les paroles.

En voici donc trois interprétations. Il y en a bien d'autres et peut-être me les offrirez vous en commentaire. Les vidéos sur you Tube ne manquent pas.

Pour commencer, Angela Gheorghiu. Diva dans la lignée d'une Callas. Très femme, trop femme mûre pour le rôle. Sa voix ample et sa magnifique technique manquent souvent de cette spontanéité qui donne feu à la scène. Je n'ai pas le sentiment qu'elle " éprouve "le rôle dans sa chair mais peut-être suis-je parasitée par d'autres références? Et puis en dépit de la coloration très travaillée, la prononciation claire me manque dans cet air dont ... je ne comprends un mot de ce qu'elle dit, ayant  privilégié la beauté vocalique à l'équilibre entre qualité du son et compréhension du texte.
Dans la première phrase, " Depuis le jour ", certains sons confinent au vulgaire avec des ports de voix par en-dessous non dictés par la partition. D'ailleurs les ports de voix très belcantistes émaillent son interprétation de manière assez mécanique ainsi que des sons légèrement trop bas, voire flottants.
Ambiance sans joie, lugubre même par moments. Sans doute croyait elle être en train de chanter Tosca?
Enfin son " Je suis heureuse " final est amené avec une brutalité qui dit la voix vieillie prématurément ( ainsi que le vibrato élargi d'ailleurs)  ne respectant pas le crescendo de la partition . Tout cela manque singulièrement de conviction...





Continuons avec Barbara Hendricks. Sa voix fruitée de soprano mozartien correspond à la jeunesse requise pour le rôle. Mais son attaque d'emblée me chiffonne, car très timide même si par suite elle se rattrappe dans la qualité d'émission. Je reste déçue de la présence  d'écho dans l'enregistrement. C'est il faut le dire une petite voix, de volume peu ample qu'elle compense par une exquise beauté et richesse du timbre, des sons soulevés somptueux toujours et un talent d'actrice évident qui la fait déjà mieux rentrer dans le texte. Ici on la sent écrasée par ce rôle où l'orchestre la voile parfois. Cependant - et puisque c'est la dernière note qui laisse bonne ou mauvaise impression ( on a toujours intérêt à beaucoup travailler le dernier son ou la dernière phrase...) - son " Je suis heureuse " final, quoique amené trop vite, est magnifique et le texte superbement joué. Ce qu'elle offre ici est donc très convaincant.






Que diriez-vous de Mirella Freni que je découvre?
On sent bien que Gheorghiu en a souvent écouté les inflexions (comparer l'entrée de l'air)et que Hendricks en a parfaitement assimilé la couleur( écouter à 130 de chaque curseur le timbre de l'aigu)






Pour finir cette écoute comparée, la merveilleuse et trop peu connue Pilar Lorengar.
Attaques parfaites, prononciation globalement plus claire que celle de ses camarades, même si on peut lui reprocher un " première baiser " tout espagnol...
Chanteuse de zarzuelas (comédies musicales espagnoles proches de la commedia d'el arte) sa carrière d'artiste lyrique fut placée sous le signe du théatre avant toute chose. Voix naturelle, sensuelle, chaude, ample et très puissante, à la technique spontanée et la musicalité intactes au fil des années, voix à laquelle on a pu trouver un vibrato trop serré - mais c'était l'époque -  elle est LA voix du rôle, celle qui m'arrache frissons et larmes.
On pourrait chipoter et trouver des défauts techniques ici ou là mais ce qui emporte l'adhésion est sa sincérité vocale. Elle est la seule à aller au bout, vaillamment, de la conclusion naturelle des phrases avec un soutien du souffle et une intelligence des appuis et syllabes muettes qui n'appartient qu'à elle.
Son " Je suis heureuse " de la fin est inégalé dans sa nuance, le filé crescendo et l'engagement émotionnel. Elle est d'un bout à l'autre totalement en phase avec l'accompagnement orchestral assez wagnérien d'allure et de couleurs.

A quoi la connivence avec une voix tient-elle? Mystère à jamais entier...




Et vous, laquelle préférez-vous et pourquoi?


J'aime bien l'interprétation de
Dame Felicity Lott, live, toute simple et nature en dépit d'un souffle court par instant mais qui se donne au rôle.



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