dimanche 17 février 2013

Empathie





"Cet homme n'avait fait que m'écouter, mais c'est de lui que j'ai tout entendu."
A Claude B. , médecin , qui a guidé mes premiers pas sur le chemin de l'accompagnement des mourants.
Quitter la spirale de l'avoir et du paraitre pour celle de l'etre.

La première fois, on ne sait pas ce qu’on fait là.
C’est qu’il n’y a rien à faire, il suffit d’être.
Alors il faut s’asseoir.
A la juste distance, celle où l’on ne blessera personne.
Respirer au rythme de l’autre.
Attendre
les mots qui ne viennent pas, les larmes qui refusent de couler, se fondre dans le silence.

Et puis on se demande “Ai je le droit de toucher?”
Alors il faut oser prendre cette main qui quémande la chaleur de la vie qu’elle sent s’échapper, la caresser. Deux mains peuvent tout se dire, elles peuvent même faire l’amour une dernière fois.
Et puis on se demande “Aurai-je le courage de contempler si près le point où se courbe la vie? “

Alors il faut plonger dans le regard de l’Autre, reconnaitre dans ses yeux l’angoisse de l’inconnu, la peur de la douleur, le doute de tous les Dieux.
Et accueillir la haine, ce dernier stratagème pour mieux quitter ce monde qui ne vous retient pas.
Et accueillir les mots quand ils se laissent dire, les toutes dernières images que l’autre veut léguer.
Et serrer dans ses bras cet autre moi -même qui a déjà trouvé la clé de l’insoluble énigme
Car il est pour toujours entré dans l’essentiel.


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