dimanche 17 février 2013

Gitane





C´est un hiver comme celui-ci que je l’ai vue la première fois
un de ces hivers où le vent emporte au loin les paroles.
J’
allais au silence.

Seule

elle était là
échappée de l’enfance
vêtue de mosaïques
à elle seule une idée de lumière dans ces rues mal loties.

Je me suis arrêtée tant elle me paraissait jeune

trop jeune pour traîner ainsi dans les rues de la nuit
je me suis arrêtée
trop lentement peut-être
pour ne pas la brusquer pour nous garder intactes de toutes les crudités
celles qui se crient et celles qui se pensent
dans le sillage des freins chauffés au macadam
mais elle a refusé

Monte je te ramène chez toi


Je ne sais pas ce que ça veut dire

chez moi je ne sais pas
je suis trop sale pour monter
je suis une gitane


Bouche gourmande et regard louve

dans sa main repliée aux ongles tous crasseux
traînait peut-être un sort
appris par cœur le soir au bord du feu qui couve

D’un geste à déchirer les terres les plus sèches

elle remontait sans cesse l’épaulette tombée
s’attarda un moment à la rondeur des seins
éclata d’un grand rire et s’enfuit en courant
voleuse de ma surprise

Je l’ai revue souvent elle a grandi elle a même des enfants qui s’accrochent à sa jupe


Elle a toujours aux pieds les mêmes sandalettes

et l’été ou l’hiver la voient à demi nue
sans aucune malice elle n’est pas coquette
elle est déjà promise à un bel inconnu

Elle est si lumineuse

qu’elle n’a presque pas d’ombre à traîner sous ses pieds
et quand elle est passée
il reste ce parfum
de calme après la pluie


Aucun commentaire: