jeudi 21 février 2013

Héronnière de Bazas en Sud-Gironde







Le terroir où l'on vit est toujours un mystère. On a beau croire en connaître tout, au bout de trente années il reste encore à  découvrir, se nourrir.
Mercredi, nous sommes partis nous reposer dans la héronnière de Bazas, située au bord du lac de la Prade.
Pour qui aime herboriser, la demi-heure de marche sur les chemins qui traversent les champs et rejoignent l'étendue d'eau se double facilement.
Ici est un pays de prose ronde
gorgée de pluie
à la chair ferme et verte
que caresse un ciel toujours mouvementé
comme s'il fallait par une fantaisie nuageuse
équilibrer la rondeur des collines et des prés
comme si le seul accord possible entre la terre et le ciel
était ce désaccord des formes et des couleurs.
Ce ne sont à perte de vue que champs de blés et d'herbe grasse qu'interrompt par moment une belle ferme silencieuse dont les fenêtres profondes et noires dispensent aussi leur lumière.

Il a plu, beaucoup, le sol argileux est trempé mais qu'importe en face de cette fûtaie aux troncs graciles, qui se refusent presque à pousser dans la même direction - le ciel vous dis-je , qui les attire selon son envie -, ces ocres violines, cette profusion de verts dont on n'a pas idée de la diversité.
Nous entrons en forêt et en silence...


En suivant un petit chemin carossé
puis un  sentier dont les feuilles brunies de l'automne
recouvrent le dessin sinueux



pu


ppées un séjour paisible, loin de ces bipèdes qui effraient tant ces deux espèces d'oiseaux.
Nous rejoignons les grands arbres au plus près des berges, sur les cîmes desquels sont posés, légers et immenses, les nids sombres et bruissants.
Nous allons rester là environ trois heures, sous les cris des jeunes appelant leurs parents et le vol majestueux des oiseaux...

Un  héron nous observe, calmement posé sur une branche au-dessus de nos têtes. On distingue bien ici la petite huppe qui prolonge son col. Le ballet des parents est incessant, entre le lac en contrebas et les nichées, dans une
cacophonie incroyable de claquements de becs, cris plus ou moins grèles, que nous n'entendions pas depuis le chemin. Il surveille le ciel et chasse par moment d'un cri énorme les buses qui tournent autour du territoire.





Vous pouvez voir ici un jeune agitant ses ailes, pas très emplumées,
pour appeler pitance. On trouve au sol d'ailleurs, entre la quantité incroyable de coquilles brisées par l'éclosion - et les oeufs bleus-gris sont de toute beauté -  des crânes de héronneaux, vestiges d' accidents de l'attente...
Dans les arbres, tout est fait pour semer la confusion la plus totale entre les cols d'oiseaux et les ramures dont les formes tarabiscotées sont véritable camouflage...



Son parent ne venant pas, le jeune assez dépité va se replier dans le nid et nous allons espérer deux heures, la nuque fléchie vers le ciel et en bougeant le moins possible, que le couple ait trouvé de quoi nourrir son appétit.







Durant tout ce temps, une sorte de guetteur est resté en place, regardant en tous sens.  Il nous a repéré d'ailleurs et à un moment, ma parka pourtant sombre a dû lui paraître étrange:  d'un cri rauque il a averti toute la population des arbres et nous avons vu s'envoler des dizaines et dizaines de hérons cendrés vers la haute altitude, certains s'approchant parfois au plus près possible de la petite clairière où nous nous étions posés et tournant de longues minutes, manifestement pour jauger  notre agressivité:







Notre jeune oiseau tout là-haut s'ennuie d'autant plus ferme que les autres nids reçoivent leur goûters à tempo régulier. Serait-il abandonné ou est-ce notre trop grande proximité qui fait hésiter ses parents?
Les arbres sont surchargés de nids. La héronnière de Bazas compte bon an mal an entre 400 et 480 couples, et de fait nous ne savons où donner de la tête...




Soudain, des bruits d'ailes puissantes venues d'on ne sait où, des cris rauques, l'enfançon qui surgit comme une marionnette de son étui. Notre attente est enfin récompensée:




Il y avait manifestement un autre petit, car les deux parents sont là, tout affairés à nourrir leurs bébés dont le bruit orageux de la déglutition nous parvient jusqu'en bas:





Le soir tombe doucement, les grands oiseaux reviennent, certains portant dans leur bec des brindilles qui, à ce que j'ai pu lire, sont offrande à leur partenaire déjà rentré au bercail, une sorte de bouquet que le mâle offre à sa femelle. Nous aurons le temps au retour de surprendre d'autres volatiles, tel ce superbe papillon argenté posé sur une cardamine des prés:

Piéride de la moutarde



Sur le chemin de retour nous rencontrerons aussi ces merveilleuses orchidées sauvages dont poussent en tapis dans la région tant et tant de variétés, ici Anacamptis morio (ou Orchis bouffon) . Les fleurs sont de la taille d'une fleur de muguet:



Mon petit bouquet de promenade, haut comme une petite pomme et composé de véroniques (bleue) de Dame d'Onze heure ( aux calices entrouverts juste devant) de stellaire holostée ( d'un blanc si pur), cardamine des prés ( aux pétales arrondis)  et de muscari à toupet ( violacée en pyramide).
Et je m'aperçois qu'à l'instar de Léopold et Cyrille, nous n'avons fait que musarder entre deux horizons: le lointain immense et le proche minuscule.








1 commentaire:

Valentine a dit…

Superbe promenade, belles photos de ces animaux que l'on découvre de plus près grâce à toi... Merci de ce clin d'oeil, Viviane !