vendredi 22 février 2013

La porte d'amour

 



Merci à Jean Pierre pour les deux premières photos...

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Il fallait pour rejoindre le village emprunter une de ces routes insouciantes qui aussi bien – et sans la moindre intention de vous nuire – peuvent vous écraser d'amour contre les parois de la montagne ou vous jeter au bas d’un précipice avant de continuer leur déhanchements fantasques entre buissons de laurier et de  figues barbaresques .

Nous étions partis aux aurores, la 4 L chargée de cadeaux en suppliant  tous les dieux, qu’ils soient de l’Olympe ou d’ailleurs, de nous éviter d’avoir à croiser sur ce sentier de chèvres un camion ou simplement une carriole dont la hâte à rejoindre le niveau de la mer  les obligerait à trancher entre ceux qui montent et ceux qui descendent.

Par chance, les canyons étaient encore embrumés de cette vapeur qui dédouble les choses et transporte les arômes sur son dos engourdi.
Le village de Chechaouen accroché à la montagne, rutilait de ses  maisons chaulées de frais, de ce  blanc sensuel et sans griffes  que le soleil regrette de quitter.


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Il flottait dans le silence une odeur de fête à la fois tendue et joyeuse.
Elle nous attendait.

Nombre de fois, nous nous étions penchés dans la venelle, aspirés par ce bleu unique  et si caractéristique du Rif  qui rafraîchit la peau et le regard  sous les touffeurs de l’été et donne l’hiver une idée de la mer dans ces altitudes parfois enneigées.
Elle était là, accueillante, offerte comme une paume tiède  savourant à l’avance le contact d’une autre chair.


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Le linge humide suspendu au vide nous permettrait de nous purifier les mains avant de franchir le seuil et monter à l’étage. Derrière ce couloir et cette porte aussi transparente que le ciel peut l’être au début du printemps, une noce se préparait.
Les murs étaient encore humides de ces seaux d’eau jetés et dont le liquide coulait suivant la pente vers la rue, emportant avec eux les traces de visites et l’affairement de la veille.
Les tommettes de l’escalier étaient comme une invite supplémentaire, caresse de la couleur dans l’uniformité du bleu presque glacier, aussi poudré qu’un fard, aussi simple qu’un premier jour d'amour
 Et cette embrase  sombre, cet hymen creusé dans la chair du couloir, ce tranquille forçage du volume jusqu’en son infini nous disait l’attente inquiète et merveilleuse de la femme qui va naître à son propre désir…