mardi 12 février 2013

Les mâts, les beaux voiliers


Les mats les beaux voiliers
tendus comme un désir de fleuves
lorsque j'étais enfant bouche contre la vitre
je vous ai enfourché l'âme grise et coeur gros

Pas de vagues dans mes rêves
déchirant le clin-foc ou culbutant la poupe
pas de bestiaire fou surgis d’étranges ciels
les fièvres qui n'ont pas de bords à force de gonfler les chairs
je ne les savais pas

Juste ces grands bateaux flottant sur l’invisible

Tout à tour marin ou capitaine
je vivais ces moments comme une liturgie
de la terre dans mon dos je ne retenais rien
à peine un point dans l’eau froide
et
enfermant mes yeux
l'idée de grains brillants portés à bout de bras quand j’ouvrais l’océan.

J’imaginais la vie au quart des officiers
les coffres pleins d’adieux qu’on
picorait le soir à la lueur des chandelles
le second qui battait la semelle dans la cabine voisine
le regard disponible et tout près du vertige de celui qui veillait là haut dans sa nacelle
au plus près des étoiles

Quelque chose me mordait alors

dont l’étreinte s'embrasait lentement
une nostalgie à l’envers de pays inconnus
les chemins qu'on porte goutte à goutte vers sa propre rencontre

Une angoisse sourde de tout ce que je ne pourrais pas dire

toute cette eaucéane que mes yeux retenaient
toute cette écume en colère derrière les mâchoires
quelque chose me mordait
qui n’est jamais parti
il en reste des croûtes

Je ne serais sauvée qu’à la seule condition

d'accepter de mourir
de me rendre à l'air noir
à l'absence
et au vide



3 commentaires:

aimela a dit…

Cele devait être quelque chose de vivre sur des vieux voiliers. des mois en mer à ne voir que l'océan et le ciel. Cela fait rêver mais aussi s'angoisser devant ces vies

Viviane Lamarlère a dit…

Mille merci Aimela, cela me fait penser que depuis deux ans une maquette commencée avec Michel végète dans une armoire, je vais la reprendre histoire de voir l'océan en pensée dans l'océan de grisaille et de pluie qui nous entoure ;o)) Bisous!

Anonyme a dit…



Je ne sais pas pourquoi lorsque je reviens te lire à chaque fois je me vois assise au Louvre face à la peinture de Géricault, le radeau de la Méduse, dans cette peinture il y a tant d'histoires, que j'y retrouve la tienne
Commentaire n°1 posté par lutin le 11/06/2011 à 20h46



C'est un peu cela, un radeau où chacun essayait de dévorer l'autre... Mille merci Lutin!
Réponse de Russalka le 12/06/2011 à 09h05

Oui, je ne pensais au Louvre mais tes poèmes, sont bien comme des tableaux. Belle image suggérée par le commentaire de Lutin.

Pas seulement pour les histoires, aussi pour la texture, les couleurs, les parfums.


Commentaire n°2 posté par Miche le 13/06/2011 à 03h20



Merci Miche, si difficile de trouver les justes mots qui traduisent la juste sensation... et si le plaisir du lecteur est là, le mien l'est doublement ;o)
Réponse de Russalka le 15/06/2011 à 15h45