mardi 26 février 2013

Petit traité de décroissance sereine






De Serge Latouche, un livre formidable, petit par son format et son prix, ( 3 euros et quelques)  grand et riche par son contenu.

Remarquablement écrit, d'une clarté à mettre entre toutes les mains,
au premier chef celles des ( ir) responsables qui nous gouvernent.




Nicanor Perlas il y a longtemps déjà partait du postulat que la bonne santé de toute société repose sur une reconnaissance mutuelle de chacune des trois sphères qui la composent: sphère politique, culturelle, économique. Si l'une d'elles écrase les deux autres, c'est toute la société qui en pâtit.
La sphère économique non seulement a dominé les deux autres partout dans le monde, mais aujourd'hui elle est malade à son tour.

Et c'est là que le petit livre de Serge Latouche vient au secours des intuitions de Perlas, encore trop attachées à la notion de développement durable ( concept que combat Latouche) sensé prendre en compte les sept dimensions de l'épanouissement: économique, politique, culturel, social, écologique, humain, et spirituel. 
Le label " développement durable " sert en effet aujourd'hui de caution à celui de " croissance" et toujours au seul bénéfice des entreprises soudain curieusement éprises du concept. Il est vrai que nos habitudes ne souhaitent pas toujours être délogées et que cela arrange bien les profiteurs de tous poils de nous inciter à consommer en toute bonne conscience ( cf. l'écotourisme qui ne sert que les intérêts des compagnies hotelières ou d'aviation ).


Ce qui rend ce livre à la fois formidable et indispensable est la rigueur de sa démonstration - dans une langue accessible et claire, que n'assèchent ni diagrammes ni abondance de chiffres - le fourmillement d'idées minuscules ou grandes à mettre en oeuvre à l'échelle locale pour changer la vie, la force des exemples cités pour nourrir l'argument.

Par exemple que les langoustines écossaises vont se faire décortiquer ... en Thaïlande avant de revenir dans leur pays de cueillette pour y être mises en conserve et re-expédiées sur la planète.
Par exemple qu'en trente ans, dans le Limousin, la culture fruitière et  légumière est passée de 6300 hectares à 300 hectares. Les productions de cette région ne pesaient rien face aux concurrentes venues d'ailleurs, bien moins chères pour le consommateur et ce en dépit du prix du transport aérien.


Il nous faut donc de toute urgence, comme cela se fait déjà en bien des lieux qui ont pris des initiatives courageuses, en France, en Italie, apprendre à vivre mieux en consommant moins, renoncer à ces besoins qui nous sont créés de toutes pièces par des entreprises qui consacrent à leur publicité le deuxième budget du monde après celui des armées,  relocaliser les échanges et les décisions,  réduire l'addiction au travail pour générer des emplois nouveaux, se refuser ces voyages lointains consommateurs d'énergie fossile quand on peut voyager tout près de chez soi  sans détruire la planète, réutiliser, réparer, comme faisaient mes grands-parents qui vivaient heureux,  recyler d'une manière compatible avec la biosphère etc.

Je vous en cite quelques extraits, avec l'espoir que vous ferez de cet ouvrage, ,minuscule et d'une telle densité que j'aurais pu vous en citer chaque page, un très agréable compagnon de cheminement.
On peut parfois trouver le propos excessif. Par exemple le rejet du travail bien fait comme " valeur" m'a agacée.  On peut être en quête d'un certain achèvement  par pur souci esthétique, ou pour se dépasser, pour se connaître, sans qu'il y ait forcément une connotation " écrasement  de l'autre sous des valeurs bourgeoises ".
L'éloge de la différence comme valeur m'a un peu énervée, elle aussi car nul ne peut nier qu'elle porte en germe celui des ghettos et autres communautarismes. Mais ce sont bien les seuls points sur lequel je ne suis pas d'accord avec l'auteur.

Ce livre devrait être diffusé largement dans les écoles, dans les usines, dans les entreprises. Comme le dit l'auteur " Nous livrons une bataille pour la survie de l'humanité".


Page 21: " De même qu'il n'y a rien de pire qu'une société travailliste sans travail, il n'y a rien de pire qu'une société de croissance dans laquelle la croissance n'est pas au rendez-vous. Cette régression sociale et civilisationnelle est précisément celle qui nous guette si nous ne changeons pas de trajectoire.(...) L'alternative est donc bien: décroissance ou barbarie."


Page 38: " L'hyper consommation de l'individu contemporain débouche sur un bonheur blessé ou paradoxal. L'industrie des " biens de consolation " tente en vain d'y remédier. "

Page 41: " Si la croissance engendrait mécaniquement le bien-être, on devrait vivre aujourd'hui dans un vrai paradis, depuis le temps... C'est bien plutôt l'enfer qui nous menace. Dans ces conditions, il serait urgent de redécouvrir la sagesse de l'escargot. celui-ci nous enseigne, non seulement la lenteur mais une leçon plus indispensable encore. " L'escargot, nous explique Ivan Illich, construit la délicate architecture de sa coquille en ajoutant l'une après l'autre des spires toujours plus larges, puis il cesse brusquement et commence des enroulements cette fois décroissants. C'est qu'une seule spire encore plus large donnerait à la coquille une dimension seize fois plus grande. Au lieu de contribuer au bien-être de l'animal, elle le surchargerait. (...) Passé le point limite d'élargissement des spires, les problèmes de surcroissance se multiplient en progression géométrique, tandis que la capacité biologique de l'escargot ne peut , au mieux, que suivre une progression arithmétique."
Ce divorce de l'escargot d'avec la raison géométrique qu'il avait épousée pour un temps, nous montre la voie pour penser une société de décroissance, si possible sereine et conviviale."



Bonne lecture donc!




Puis ci dessous un lien vers quelqu'un qui se bat lui aussi dans cette direction et qui se trouve depuis les tous débuts à droite sur mon blog,





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