samedi 2 février 2013

Plinthes équatoriales





C’est la route qui nous a dit que nous changions de département.
Un petit bruit différent sous les roues, le macadam moins bien entretenu, des cahots, des fissures, les fossés en bataille...

Et puis dans l’air flottant ces graines égarées qui cherchent un terreau,

le vert bleuté des champs de poireaux et les arbres fruitiers qui n’en finissent pas de regarder les vitres.


Au bout de midi, la maison, ses haies immenses en averses
sauvages qui déferlent
leurs rumeurs d’abeilles.

Je ne sais plus le nom des arbustes qui penchent leur ivoire au-dessus du grillage.


C’est tout empli de fleurs et de silence.

Les volets sont fermés, sauf ceux de l’entrée, c’est ainsi : elle vit dans le noir.

Petit à petit elle se déleste de la lumière comme si elle avait peur d’entrer dans l’émotion trop bavarde des couleurs


Sa peau est celle des vieilles personnes pétale de rose ancienne,

la table est mise,

belle

comme elle a toujours su.

Deux lampes repoussent la nuit en plein jour

il fait si sombre ici

comment peut-elle vivre dans cette nuit permanente?


Je la regarde vivre

si lente maintenant

ses petits pas précautionneux des obstacles

elle a si peu de visites et tant envie de se dire

se plaint de cette douleur qui s'enlise,

prête à exploser la tempe souvent.


Ecoute

tendresse

au moment de partir elle ralentit imperceptiblement le temps

me cherche dans la remise un potage pour ce soir

des pots de confiture un vieux livre qu'elle avait aimé

que nous poursuivions le partage au - delà du portail refermé


elle va rester seule


quelque chose court


au milieu du grand corps de la maison

la traverse

me traverse


plinthe équatoriale




Aucun commentaire: