mardi 12 février 2013

Sous l'escalier...






Le bois perce le tissu gris
la lampe n'éclaire plus guère que des convois de souris
la poupée borgne trône au milieu de ses jupes
quelques sacs déchirés laissent entrevoir un monde

Englouti se tient ici debout
dans l'eau des peurs qui s'apprécient

Que de vigueur dans ces vieux jouets
ils attendent leur proie dans le nid de poussière
et je me nomme
ensorcelée
par ce désir de mains 

Sous l'escalier l'enfance
aucun plumeau ne pourra l'effacer



Maurice Ravel, l'enfant et les sortilèges,
Musiques d'insectes et de rainettes
 







4 commentaires:

Anonyme a dit…

es proies sont aussi les mains des enfants, petits enfants, posant leurs yeux sur l'enfance de la mère ou de la grand mère et dans leurs yeux on peut s'y retrouver. J'ai aimé.
Commentaire n°1 posté par lutin le 03/04/2010 à 11h52

C'est très juste ce que tu dis Lutin... Et quelle joie que ces proies là découvrant avec émerveillement que... leur grand-mère a été elle aussi une enfant!




Réponse de Russalka le 05/04/2010 à 17h01

On dirait un escalier qui monte au grenier ! Ca existe encore, des "greniers d'enfance" ?... Quelle chance !

Ce Ravel, quel poète et quel observateur...
Commentaire n°2 posté par Valentine le 03/04/2010 à 14h30

C'est l'escalier de ma maison actuelle qui hélas n'a pas de grenier mais par contre une cave. Et là sont empilés les jouets de nos enfants que je regarde avec nostalgie..

Oui, Ravel, quelle merveille n'est-ce-pas? Quelle élégance et quel sens de l'observation naturaliste comme tu le remarques si justement. On n'écoute pas assez ce grand bonhomme!
Réponse de Russalka le 05/04/2010 à 17h03

Anonyme a dit…



Comme souvent
l'un des vers de ton poème en résume à la fois
l'ambiance générale, le thème
et donne un accent, une pointe à l'écrit

"Sous l'escalier l'enfance"

comment mieux dire ce qui se joue en cet âge d'or
cet âge où l'on dort (là je dors)
cet âge dont il reste toujours quelquechose en des recoins de l'âme
sous les escaliers de son ambition.

Oui
quelle belle image tu nous donnes là
Commentaire n°3 posté par Lélio le 03/04/2010 à 14h58

Merci Lélio, heureusement qu'il reste encore en nous ces recoins la
sans lesquels l'existence serait d'un triste et d'un compassé
Je suis vraiment touchée que tu aies été touché
de ce temps où les mains font le jour, défont la nuit, assassinent gaiement leurs joujous
sans penser à plus loin que leurs petites frayeurs délicieuses
sous l'escalier...
Réponse de Russalka le 05/04/2010 à 17h06

Anonyme a dit…



nostalgique évocation. Dépoussiérer ces jouets endormis et leur rendre une seconde vie... c'est en effet, ce que ton poème suggère.
Commentaire n°5 posté par Marianne le 04/04/2010 à 20h57

Et comme j'espère que ce sera Maxou un jour prochain qui leur rendra cette vie que je contemple sur les vieilles photos de leur papa et tantes...
Réponse de Russalka le 05/04/2010 à 17h10

C'est fou ce que les vieux jouets peuvent nous ramener à l'âge insouciant de l'enfance , très joli poème . Bises Viviane
Commentaire n°6 posté par aimela le 05/04/2010 à 09h39

Merci Aimela, l'enfance, je ne dois pas en être complètement sortie (sourire)
Bisous et à demain, je rentre du jardin, il y fait un merveilleux soleil, j'y retourne ;o))


Réponse de Russalka le 05/04/2010 à 17h11

Le plumeau qui chatouille les souvenirs d'enfance

à travers ces objets qui réveillent nos jeux

comment pourraient-ils donc en effacer l'essence

En chassant la poussière, ils nous délivrent un peu

(...)
Commentaire n°7 posté par la calmette le 05/04/2010 à 10h48

Mais que c'est délicieux ces alexandrins ( forme classique que j'adore!)

merci du cadeau, vraiment...
Réponse de Russalka le 05/04/2010 à 17h12

Anonyme a dit…



Oh ! Si, on l'écoute... Mes filles connaissent par coeur "l'enfant et les sortilèges" tant elles l'ont entendu petites. Et moi aussi : le passage que tu cites est celui où l'enfant sort dans le jardin et est saisi par le silence de la nuit ; ce qu'on entend au début est surtout le chant d'oiseaux du soir, et tu as arrêté juste au moment où il va chanter "Ah ! Quelle joie de te retrouver, jardin !"... Et où les arbres vont commencer à gémir. Moi aussi, petite, ma mère me le faisait écouter et je le sais pratiquement par coeur du début à la fin. Mais tu veux dire qu'il n'est pas assez souvent joué, peut-être ? En tous cas ma mère, qui collectionne les enregistrements d'émissions musicales (heureusement pour elle, c'était sur la DTV avec des cassettes), possède une représentation filmée de cette oeuvre, qu'elle nous diffuse de temps à autre. C'était aussi une de ses oeuvres chéries...
Commentaire n°8 posté par Valentine le 05/04/2010 à 17h20

Ce que je voulais dire est qu'on l'écoute davantage en Angleterre ou aux USA ( si l'on en croit du moins les chiffres de vente) Quel dommage par ailleurs de se limiter au Boléro quand tant d'autres oeuvres magnifiques sont à déguster, je pense à Tzigane ou aux valses. Merci en tous cas de cette confidence, les oeuvres que nous écoutons enfants nous marquent à jamais...
Réponse de Russalka le 06/04/2010 à 11h29

convois de souris qui font naître des convois de sourires.....j'aime aussi roder dans les jardins de mon enfance !
Commentaire n°9 posté par ulysse le 05/04/2010 à 17h58

C'est mignon ces convois de sourires, mille merci Ulysse ;o)
Réponse de Russalka le 06/04/2010 à 11h32

Les trésors des greniers sont à présent privilèges des propriétaires de "maisons de famille" d'autrefois. Les maisons récentes n'ont parfois même pas de grenier ! Mais on peut quand même rêver sur les trésors des autres...

Il y a 50 ans, dans le grenier de ma grand-mère, j'avais ouvert une vieille malle (en compagnie d'une cousine) qui contenait des vêtements féminins que l'on ne trouve plus que dans les musées...

Je vous remercie Viviane, pour le com laissé sur mon blog, et qui m'a fait d'autant plus plaisir qu'il vient de vous.


Commentaire n°10 posté par eva baila le 11/04/2010 à 23h09

Bachelard disait avec inquiétude que les immeubles et maisons basses contemporains privaient l'humanité de ce qui fonde une âme: la présence de caves et de greniers dans lesquels l'imaginaire se construit et aussi les références et attachements à la Terre ou à la spiritualité.

Comme vous, j'avais une malle merveilleuse à Jautan. Et des greniers immenses imbriqués en poupées russes. Je leur dois sans nul doute mon imagination (sourire)

Mille merci en tous cas de la confidence, Eva, je viens souvent vous lire en silence et toujours avec infiniment de plaisir
Réponse de Russalka le 12/04/2010 à 09h42
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