samedi 16 mars 2013

Le vent, rien que...



Toile de Claude Cordier

Au Château de Malagar, à deux pas de chez nous, François Mauriac aimait à venir méditer dans un des angles de son jardin surplombant la vallée. Un coin venteux et rude...



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Le vent
    rien que le vent
        rancoeurs forcies à l’ombre des charmilles
    les grands pins noirs le vent
derrière nous, calme,
 
le temps
Dans les arbres nus
qui aiguisera les chants ?
l'automne est si grave.


Du vieux banc de chêne au bord de la colline
nous regardions couler l'usure d'un chemin

        voix jetées contre sol
    vers une mince brêche. Nous étions gais de peu
l'arôme encore vivant des pommes en cidre d'herbe
    la lampe de vin d'or, carré, puisant aux murs
l'impassible lenteur
        que la cour opposait aux nuages


Il faisait froid
le vent
            a   séparé
quelque chose de nous
en nous peut-être?

Nos yeux enfuis

    déjà
        tâchés du flanc des bêtes aux foulées d’armoises
  que rattrapait la soif des pièges dépliés
 
Nos ombres affaiblies

enchâssés dans le gris
           en étions-nous la pierre encore pleine?


Et s'il était ailleurs un autre hiver
un feu de mille feuilles orphelin de nos coeurs
un bateau s'en allant chargé de mille ports?



Verdi Dies Irae

1 commentaire:

Martine Maillard a dit…

Cette fin est si riche, s'éloignant comme une vision dans le brouillard, puis revenant avec la dureté des pierres... Étonnant poème encore. Surtout que tu l'assortis du Dies Irae de Verdi !