jeudi 14 mars 2013

Les hier bleus de l'ombre



Il n’y eut qu’une fois
étrange et belle

 Lumière de septembre
aucune déchirure n'en menaçait la brise tiède

Je me suis endormie
dans le tintement lumineux des vagues
et je fus tour à tour le bateau et l’oiseau
s’accomplissant au loin dans leurs ailes mêlées

Comment poursuivre un rêve dans ce bercement des eaux
qui le distrait de ses images ?

Comment faire qu'il ne soit que rêve ?

Deux mots
alors que le corps s’enfonce dans le moule du sable encore humide
deux mots pour dire l'infime différence entre la sécheresse et la nuit
obsidienne et léger
deux mots
encore trop

Au soleil allongée
lenteur sur le visage
épaules reins glacés
remontaient dans ma chair des sensations aussi précises et vastes
que la douleur d’une plante en bord de mer
quand l’épine qui la tire au jour s’évase sous le pas
et lui offre la fleur des brûlis souterrains

Claire sombre à la fois
ai-je entendu de peau
qu’on ne peut couronner un seul versant des choses ?

Claire sombre dissoute
ai-je entendu de peau
la voix de ce qui vient?

Des hier bleus de l’ombre
il n’y avait rien à comprendre
mais tout à éprouver
jamais je n’oublierais le
froid
contre mon dos


Claude Debussy, la Mer, 1er Mouvement


2 commentaires:

Martine Maillard a dit…

Tu excelles dans l'art de retranscrire les sensations...

Martine a dit…

Bonjour Viviane,

Me revoici sur les blogs. Petit à petit, je tente de lire un peu chacun de vous.
Le lien vers la Mer n'a pas marché. Dommage mais pas trop grave car je connais bien ce morceau. Je l'ai imaginé en lisant ton superbe poème. Toujours ces images si originales que j'apprécie de découvrir comme de petits trésors. C'est ce sel qui manque à tant de poètes qui maîtrisent mais n'inventent pas.
Merci
douce journée à toi
Martine