vendredi 8 mars 2013

Mhongs




Entends tu?

Le grand fleuve étranglé

Par les palétuviers
N’a même plus la force de proférer un son.

Vois -tu?


Les singes hurleurs se terrent

Dans la brume limace glissant des frondaisons
De la forêt primaire.
Les fougères arborées
Se penchent étonnées
Sur ces corps étrangers
Qui tentent d’écarter
Leur chair chlorophylleuse aux spores attroupées.

La pirogue en désir déflore les lentisques

Et se fraye un chemin
Dans l’hymen verduré , voluptueuse odalisque.

Lumineuse trouée sur le sombre des futs

Elancés vers le ciel d’où tombe le raffut
Des oiseaux et des fleurs
Suspendus
Au soleil liane blanche.

Sur un miroir de calme germent des pilotis,

Denture d’une rive où pensent des enfants.

Des pagodes ébrouent leurs faites rutilants

Comme plume d’aras ou de pie métallique.
Cheveux noirs, yeux bridés, yeux amers..
Eclosent sur le vert.
Papillons colibris venus d’autres pays,
Ils chantent de leurs mains un salut gracieux
Mais leurs yeux..
Sont emplis de questions..
Pas de révolte, non..
Juste le souvenir de courses fatiguées
Pour échapper au feu, au sang, yeux engloutis
D’épouvantables rêves qui les ont poursuivis.

Sens tu?


Comme le fleuve muet dans les palétuviers

Allume des regards qui voudraient se poser
Quelque part...
Et rencontrer les tiens...

1 commentaire:

Valentine a dit…

Magnifique ! Ce poème, il fait rêver... On y est, on s'y croit... Et ta façon de t'adresser au lecteur, si personnelle, si expressive ! C'est vraiment de la belle, de la grande poésie...
Et ces poèmes ne sont pas dans "Voyages en Poésie"...