dimanche 23 juin 2013

Etapes * 1 *


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Pierre se pencha par-dessus la muraille
de Saint-Macaire.
Il faisait presque froid.
Au loin, le peu de vie perceptible semblait sortir de nulle part pour y retourner aussitôt.


L'enchevêtrement des herbes dissimulait à peine la terre pâteuse de trop de pluie et de fleuve.
Combien de vies éteintes sous la surface ondulante et si verte?

 Il lui faudrait dans la semaine s'assurer de la sécurité des quelques familles de voyageurs installées dans la boue, entre de maigres murs de tôle à quelques encablures de son église.

Autrefois ces champs abandonnés avaient résonné de la gaieté des semailles et des foins.
Il se souvenait de ces fins de journée charpentées de bonne fatigue,
quand les femmes insouciantes de leurs mains griffées avaient à coeur de remettre de l'ordre dans les coiffes de broderie anglaise.
Il voyait comme hier les cadichonnes à col carré, les jupes bleues ou les gilets de velours assortis aux canotiers de paille.

Prélude aux danses du soir et aux labours heureux.

Chez lui, dans cette Sardaigne si tôt quittée, la terre était pauvre et sèche.
Le vent de la mer toute proche,  les orages de neige en hiver qui laminaient les reliefs, le soleil brûlant presque six mois par an forçaient chacun à la lenteur et à la révolte. Même les plantes grondaient comme des fauves au moindre arrachement.

Sous
les couleurs luxuriantes des habits et des murs, la crainte pudique d'une maigre récolte se dilatait comme la lèpre.

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Pierre n'aurait su dire ce que lui inspiraient le silence alentour et le mélange des teintes crues de la nature en cette fin de printemps. Quelque chose se tramait dont le vent était le messager.
Un coup de vent. Cela n'arrivait pas qu'aux autres.

Les tiges de raisin d'Amérique balançaient leurs grappes mûres, prêtes à répandre à des lieues à la ronde leur peste étouffante et trop haute pour cette région de limons et de vignes.

Il se pencha davantage encore.
Le billet laissé par un fidèle et posé quelques instants plus tôt sur le muret tombait maintenant comme feuille morte  vers les douves nappées de mousse dont les parfums musqués remontaient jusqu'à lui.
Tout cela semblait si lent et inutile. La vie.

Cette chute le soulageait, au fond.
C'aurait pu être lui, flottant entre deux mondes avant de s'échouer.
Dans son dos, il sentait la chaleur des pierres de son église.
C'était dit. Il serait le héros oublié de l'histoire.
Celui qui avait aimé laisser s'envoler un billet.


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1 commentaire:

Valentine a dit…

J'ai lu ça autrefois...
A mon tour de te demander de m'excuser. Je fais une "overdose" d'internet en ce moment et ne m'occupe plus du tout de mon blog...
J'espère que tu vas bien ?