vendredi 4 avril 2014

La douceur infinie de l'absence divine





Chaque soir
nous remisons notre visage

chaque matin notre miroir
nous offre une nouvelle image

Les changements sont aussi infimes
que la perte d'un bouton sur un manteau vieilli
le teint est assez pâle et le regard bouilli
la nuit aura laissé des traces de ses crimes

On s'habitue ainsi
à ne se voir vieillir
si ce n'est dans les gestes un peu moins précis
une gêne amicale  un mot qui fait souffrir

Tiens! aujourd'hui les choses ne commencent pas à l'heure habituelle!

Accusant le hasard

de cette donne nouvelle
dont la carte maîtresse se nomme retard
nous effaçons d'avance le matin
où nous entrerons en matière
sauvés enfin d'aujourd'hui et d'hier
nous regardant de dos dans un miroir sans tain.

Nous marcherons alors un monde sans racines
quelques intonations écrites à l'envers
la douceur infinie de l'absence divine
le vrai reproche bleu de notre ancienne terre.

          Il ne me tarde pas cette heure où l'on suspend
   dans le dernier placard la dernière chemise
             il ne me tarde pas d'ouvrir un compte-temps
     à la banque éternelle qui ignore les crises

           Et s'il m'aide souvent de me savoir vivante
   jusque dans les accrocs du corps et des pensées
                le vieillir ne m'est pas une fin qui contente.


       Je veux encore en mon jardin passer.

1 commentaire:

Valentine a dit…

Étonnant poème, qui se termine à la mode XVIe siècle, et qui associe l'absence de Dieu à une sorte de gaieté de se voir peu à peu amenuisé...